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Ibn Battûta

Introduction Ibn Battûta – Voyages I. De l’Afrique du Nord à La Mecque I. éditer Ibn Battûta dans la collection  » La Découverte « , c’est ré- pondre aux interrogations que finissait par provoquer la présentation exclusive de textes de voyageurs occidentaux. Jusqu’à quel point pou- vait-on, prétendre, malgré les précautions et les annotations, redresser une […]

  • François Maspero
  • François Maspero Paris 1982 Collection FM
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Ibn Battûta
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    Introduction Ibn Battûta - Voyages I. De l'Afrique du Nord à La Mecque I. éditer Ibn Battûta dans la collection " La Découverte ", c'est ré- pondre aux interrogations que finissait par provoquer la présentation exclusive de textes de voyageurs occidentaux. Jusqu'à quel point pou- vait-on, prétendre, malgré les précautions et les annotations, redresser une vision extérieure et, par là, nécessairement déformée des choses ? Un point de vue " interne " devenait donc indispensable, comme un contrepoids, sinon comme une réhabilitation. Dans cette perspective, le choix d'Ibn Battûta devait vite s'imposer. En réalité, les choses n'étaient pas si simples et bien des surprises nous attendaient : les problèmes commençaient dès la première lecture du texte. La vision non occidentale ainsi recherchée impliquait d'autres préoccupations, d'autres objectifs qui n'étaient pas, a priori, perceptibles au lecteur moderne. Le récit du voyageur occidental pos- sède un fond immédiatement accessible et le travail du commentateur consiste à fournir quelques repères visant à faciliter une lecture criti- que des choses vues et des sociétés décrites. Mais, à la limite, le lec- teur pourrait se passer de la médiation du présentateur pour lire un récit dont la structure et les préoccupations lui sont familières. Ce n'est pas toujours le cas ici. Ibn Battûta, voyageur maghrébin du début du XIVe siècle, parcourt la totalité des pays islamiques de son époque, du Mali à Sumatra et du Kenya aux steppes russes, et il p005 les décrit à ses compatriotes et coreligionnaires. Le lecteur occidental moderne est donc a priori exclu, s'il n'arrive pas à déceler les motivations de l'auteur, qui sont aussi celles de son époque, afin de pénétrer dans son récit et, par là, dans son monde. Cela dit, Ibn Battûta est avant tout un voyageur, et cette caractéris- tique transgresse son époque. Sa capacité de découverte, et de com- munication, n'a rien à envier aux grands classiques du genre et, en particulier, à son quasi contemporain Marco Polo. Mais il est le voya- geur de l'islam, et ce titre n'est pas simplement honorifique, il est sa raison d'être, celle qui a fait la fortune du personnage et de son récit. Parce que ses trente années de pérégrinations à travers un monde islamique morcelé, déchiré, convergent vers un but unique : elles sont la preuve que la communauté islamique existe et qu'à travers sa prati- que religieuse et sociale, à travers sa solidarité, et malgré ses divisions apparentes, elle reste une et indivisible. Le " voyageur de l'islam " est donc avant tout le témoin unique de l'unité de l'islam. Cette mission essentielle marque directement son texte, qui doit être alors construit selon des règles qui rendent plausibles et admissibles les preuves qu'il entreprend de fournir. D'où l'énumération, à chaque endroit visité, des hommes pieux qui y résident, des fondations religieuses, ainsi que des saints qui s'y trouvent enterrés, marquant autant de lieux de pèleri- nage. Ces éléments constituent donc des aspects essentiels du texte. Puisque notre propos est de donner une vision " interne " d'un autre monde, il n'est pas question d'envisager des coupures motivées par notre propre jugement en estimant tel ou tel passage " répétitif ", " ennuyeux " ou " inintéressant ". Le point de départ que nous nous étions donné aboutit donc à la nécessité d'un texte intégral - ce qui, par ailleurs, rend justice à un grand classique -, appuyé par une pré- sentation qui vise à le rendre accessible au lecteur non spécialiste. p006 Le voyage d'Ibn Battûta est ainsi, avant tout, un " voyage à travers l'islam ", avec son unité, implicitement, mais pertinemment soutenue tout au long du texte, et sa diversité qui apparaît également à travers les réalités constatées : l'unité de sa pratique religieuse, qui est aussi une pratique sociale, opposée aux schismes qui le déchirent ; la solida- rité de la communauté islamique face au morcellement politique. Il s'agit évidemment de l'islam du début du XIVe siècle, mais les racines de ses structures comme de ses contradictions plongent jusqu'à ses origines, et les références d'Ibn Battûta s'adressent à un public qui connaît son histoire. D'où, avant toute chose, la nécessité d'esquisser ce cadre politico-religieux - les deux éléments sont indissociables - dans lequel le récit se meut. Là aussi, la difficulté est paralysante. Un tel raccourci ne sera-t-il pas pour le moins déformant, voire à la limite faux ? Mais refuser de s'y engager reviendrait soit à confiner Ibn Battûta à un public de spé- cialistes, soit à obliger le lecteur profane à un travail de préparation. Or notre objectif est de rendre ce texte lisible dans le cadre de cette édition, tout en permettant, par une note bibliographique, un appro- fondissement ultérieur. Dès lors, il faut bien se résoudre à aborder cette présentation. En 632, le prophète Muhammad meurt à Medina, fondateur d'une religion et chef d'une communauté qui sera le noyau d'un empire. En tant que prophète, Muhammad n'est pas considéré comme l'intermédiaire, le médiateur, entre Dieu et les hommes, mais le transmetteur, et par là l'interprète privilégié, du Coran, qui est la révé- lation de la parole de Dieu, la seule médiation entre celui-ci et les croyants. Mais, en tant que fondateur d'une communauté, Muhammad est à l'origine d'une pratique sociale qui, puisant ses éléments aux p007 coutumes antérieures de la société arabe et aux premières interpréta- tions du livre sacré, vise à se codifier afin de constituer le cadre de cette communauté. Ce code est la sunna, la " manière de se conduire " des musulmans. Or, à la mort de Muhammad, non seulement aucune codification n'existe, mais le Coran lui-même n'est pas encore " re- cueilli " sous sa forme définitive. Il le sera à l'époque de son troisième successeur, Othman (644-655), quand cette succession est déjà contes- tée par une partie de la communauté. A cela s'ajoute une série d'autres éléments : le premier est la crise provoquée dans la commu- nauté mecquoise et médinoise par l'apparition de l'islamisme. La fuite de Muhammad à Medina et la guerre qui s'ensuit entraînent une rup- ture dans la hiérarchie tribale existante. Dans un premier temps, Mu- hammad s'allie aux habitants de Medina qui lui fourniront le noyau de " compagnons " contre son propre clan mecquois, les Quraishites ; par la suite, ces derniers se soumettent bon gré mal gré au Prophète, tout en visant la conquête du pouvoir après sa mort. Parallèlement, les au- tres tribus arabes, et particulièrement celles de l'Arabie du Sud, sup- portent toujours mal un islamisme qui implique la domination des clans mecquois et médinois. Enfin, un siècle après la mort de Mu- hammad, l'empire de la communauté s'étale de l'Espagne à l'Asie centrale et se trouve par là obligé d'absorber une multitude de peu- ples, des cultures et des religions qui ne pourront qu'influer sur sa propre évolution. Cette gestation d'une idée religieuse à travers les vicissitudes temporelles, qui est d'ailleurs le sort commun de toute religion, marquera évidemment l'évolution de l'islam. La succession de Muhammad va déjà se poser comme un problème à la fois politique et dogmatique. Le plus simple serait que la commu- nauté élise un " guide " capable de mettre en œuvre l'élargissement de l'islam par la conquête et la conversion et son enracinement par la poursuite de l'œuvre de fixation de la coutume et de p008 la pratique.

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    • François Maspero Paris 1982 Collection FM
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