Introduction

Il est maintenant bien reconnu que le développement des sciences dures (les mathématiques et la physique en particulier) au 20e siècle conduit à reconsidérer les notions philosophiques traditionnelles de réalité et de sens. Devant l’émergence de nouvelles visions de la complexité en physique quantique, en thermodynamique du non-équilibre et en cosmologie, l’épistémologie des sciences redéfinit le mot réalité à travers la relation sujet-objet dans la recherche scientifique.

L’observateur fait partie de la réalité qu’il analyse. La théorie de la mesure montre même que, pour un physicien, connaître et mesurer  » c’est agir sur le réel « . C’est un  » réel d’interactions  » qui est proposé à l’analyse scientifique, avec une remise en cause profonde des trois dogmes du scientisme que sont : le déterminisme laplacien (notions d’imprévisibilité et d’incertitude), le réductionnisme ontologique (il y a plus d’informations dans le Tout que dans la somme des parties) et le réductionnisme méthodologique (indécidabilité et incomplétude avec le théorème de G?del). L’homme devient ainsi  » traducteur  » d’un monde complexe et l’objectivité forte des sciences est largement remise en cause.

Ces évolutions conduisent à la question  » qu’est-ce qui est en jeu, aujourd’hui, dans la démarche scientifique, quels choix et quelles valeurs la sous-tendent ?  » La phrase suivante de Einstein (citée par Franck dans son livre sur Einstein) est particulièrement intéressante en ce sens :  » Reconnaissons qu’à la base de tout travail scientifique d’envergure se trouve une conviction bien comparable au sentiment religieux, celle que le monde est intelligible !  » Le terme conviction renvoie aux choix préalables, aux attitudes morales du chercheur scientifique.

Le but du présent article est d’analyser ces attitudes (domaine de l’éthique de la connaissance), de préciser leurs fondements (domaine de la philosophie morale avec l’analyse critique des fondements) et d’apporter ainsi la contribution d’un physicien à la question  » science et conscience aujourd’hui « . Pour cela, nous distinguerons bien les différents niveaux : science, métaphysique et philosophie morale.
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