LA CONCEPTION DE L’HISTOIRE DANS LE CORAN

Sheikh Muhammad Mahdi Al-Asifi

La philosophie de l’histoire, science ancienne et nouvelle à la fois, se propose de découvrir les fois qui dirigent l’histoire humaine. Le Coran nous livre des idées et des lois fixes relatives à ce domaine. En les rassemblant, nous pouvons élaborer une conception de l’histoire particulière et spécifique au coran.

Pour comprendre et expliquer l’histoire, les savants modernes se sont partagés entre trois orientations que nous essaierons de décrire avant de nous consacrer à la conception coranique elle-même.

La première orientation nie la possibilité de comprendre et d’expliquer l’histoire à partir du principe de la causalité elle réfute l’existence d’une déterminisme dans l’histoire qui soit aussi puissant et évident que dans les sciences physiques et mécaniques, par exemple. Les adeptes de cette orientation font intervenir la volonté humaine dans la scène de l’histoire, étant donné qu’elle jouit de la liberté de décision et de choix, ce qui détruit le rôle de la causalité et diminue la place du déterminisme dans le cours de l’histoire.

Ils nient la relation de cause à effet dans le mouvement de l’histoire et pensent que le fait historique, civilisationnel ou social ne peut être régit par la loi de la causalité de la même manière que ces lois règlent le monde de la matière. En physique, par exemple, la généralisation des résultats des expériences faites dans les mêmes conditions et possible, ce qui nous permet de dégager les lois fixes. Mais dans le domaine des faits civilisationnels, de la société de l’histoire, de la foie de la causalité ne peut être aussi déterminante car la présence de l’élément humain, du libre arbitre, de la capacité de choix et de décision qui le caractérise affaiblit la loi de la causalité et démunie son rôle dans le processus historique. Nous ne pouvons pas comprendre l’histoire aussi clairement que nous comprenons les lois physiques et nous ne pouvons pas prédire l’avenir, ni découvrir les phénomènes obscurs de l’histoire en s’appuyant sur la loi de la causalité, car l’histoire est une vaste étendue où s’exercent la volonté et les décisions de l’être humain en mouvement. L’histoire a donc un caractère particulier et spécifique.

K. Popper, dans Misère de l’historicisme (tr. Fr. 1956) rejette le déterminisme de l’histoire et nie que les faits historiques puissent être prévus aussi précisément que les phénomènes physiques. Quant à E. H. Carr, il critique les théories historicistes de Toynbee et Splenger qui étendent le déterminisme des sciences expérimentales aux faits historiques, car il pense que les lois physiques sont dépourvues des éléments qui caractérisent l’histoire, tels que les sentiments, la volonté etc.…

En bref, ce courant réfute le principe de la causalité dans l’histoire et écarté toute comparaison entre d’une part le déterminisme qui régit les sciences expérimentales et d’autres part, le cours de l’histoire livré aux aléas de la volonté, des sentiments et des complexités humaines.

1) La deuxième orientation explique les événements historiques de la même manière que le scientifique explique les phénomènes physiques. Les adeptes de cette orientation pensent que le déterminisme gouverne l’histoire de la même façon qu’il gouverne le monde physique, avec la même force et la même évidence. Pour eux, le mouvement de l’histoire n’échappe pas aux lois de la causalité qui définissent le monde physique, car il est régi comme tout appareil mécanique, mis à part que les lois qui le gouvernent agissent sur le plan social et historique et non dans le domaine mécanique.

Dans cette conception, le facteur humain est absent, ni sa volonté ni sa liberté, ni son libre-arbitre ne sont prit en compte. L’être humain, dirigé par des loi fixes réagit mécaniquement et involontairement dans le cadre de cet univers.

Parmi les adeptes de ce courant, on cite Montesquieu, l’auteur de l’Esprit des lois, et Toynbee. Pour eux une relation solide enchaîne le présent au passé et l’effet à la cause .Montesquieu dit, dans L’esprit des lois, avoir noté que l’histoire n’est que données et conséquences de fondements de lois. Commentant cette conception, E. H. Carr dit qu’à partir de cette vision, l’avenir peut être prédit, ainsi que le processus historique. Le marxisme aussi envisage l’histoire comme étant régie par les lois et notamment celle de la contradiction et de la lutte des classes. Marx a d’ailleurs défini les cinq étapes de l’histoire humaine à partir de cette conception.

Quelle que soient les lois qui déterminent la marche de l’histoire, elle est, au regard de ce courant, ordonnée par la loi de la causalité. C’est l’école historiciste de Splenger. Parmi ceux qui prônent cette conception de l’histoire et qui croient en puissance de la société pour décider de la vie de l’individu, incapable d’échapper à son emprise, se trouve le célèbre sociologue E. Durkheim. Sa théorie de la contrainte sociale explique que la pression exercée par la société sur ses membres imprègne leurs esprit leur perceptions, leurs sentiments et leurs idées.

Pour lui, la société faite partie de la nature, les sciences sociales doivent donc se soumettent aux sciences naturelles. De même, les fait sociaux ne sont que des choses, totalement indépendant des êtres humains, qui peuvent être étudiées telles quelles sans faire intervenir l’élément humain.

Sa théorie se base sur le principe de la contrainte sociale c’est-à-dire que l’individu, dès sa naissance, vit dans une société dont les traits, l’organisation et la nature sont arrêtés. L’individu n’a aucun rôle dans la définition de sa société. Au contraire, c’est la société elle-même qui modèle sa vie, l’individu n’est qu’une infinie partie d’un tout qu’on ne peut comprendre en étudiant ses parties. Tout comme on ne peut étudier les propriétés de l’eau, qui a ses propres trait en étudiant chacune des caractéristiques de ses composants chimiques.

Les théories déterministes dévalorisent la considération porté à l’être humain et nient son rôle en tant qu’acteur de l’histoire ; l’histoire, la civilisation et la société sont soumises à des lois, indépendantes de la volonté humaine, elles se comportent en entités qui exercent une influence sur la mentalité des humains, leur morale, leur coutumes, leurs cultures et leurs doctrines.

Cette conception supprime le rôle de la volonté humaine dans l’histoire et la société alors que la première orientation exagère son rôle à tel point que l’histoire devient entièrement dépendante des divers facteurs humains.

3) La troisième orientation reconnaît à la fois le rôle de la volonté humaine et le déterminisme dans le processus historique. Les adeptes de cette orientation pensent que nous pouvons comprendre l’histoire à partir de ces deux facteurs à la fois, mais ils ne prennent pas en compte le rôle de la providence divine dans le cours de l’histoire. Ils considèrent que l’histoire est la résultante des efforts humains et de la loi de la causalité.

L’être humain peut orienter, de ce fait le déterminisme dans un sens ou sens ou un autre, étant l’acteur, principal du mouvement de l’histoire.

Même si les adeptes de ce courant croient, d’une manière ou d’une autre, en Dieu le Tout-puissant et considèrent qu’Il a créé l’Univers, ils nient cependant Sa présence en tant qu’Auteur principal et fondamental de l’histoire. Il s’agit de la conception juive que le Coran rapporte en ces termes « La main de Dieu est fermée » disent les juifs » .

(Al-Ma’ida, 5 :64)

Il s’agit là des trois principales doctrines matérialistes contemporaines qui ont envisagé d’expliquer l’histoire.
alhassanain.com


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