Histoire

1. Les origines

Retracer l’histoire du judaïsme de l’Antiquité, c’est entrer dans un domaine familier que la plupart d’entre nous qui ont suivi une instruction religieuse ont connu. C’est aussi faire un saut dans l’inconnu puisque, pour le judaïsme, les événements n’ont pas toujours eu la même signification que pour les chrétiens.

Quoi qu’il en soit, nous sommes maintenant entre le 18e et le 20e siècle avant Jésus-Christ. A cette époque, un Empire important existe au Moyen-Orient, du Liban actuel jusqu’au Golfe persique: c’est l’Empire de Sumer.

Dans cet empire, originaire de Haran au nord-ouest de la Mésopotamie, vit à Ur un nommé Terah et toute sa famille. Terah est un homme de son temps, polythéiste comme il se doit, adorant sans doute Sin, le dieu lunaire d’Ur et de Haran. Ur à cette époque est une ville prospère et confortable. C’est d’ailleurs sans doute ce qui y a attiré Terah, lui-même sans doute éleveur. Mais cette prospérité ne dure pas longtemps puisque les Élamites, originaires des montagnes du Golfe Persique, attaquent et anéantissent cette ville en -1960.

Les murs de la ville furent rasés, ses édifices réduits en cendres, et ses portes elles-mêmes furent comblées avec les corps des tués. Forts et faibles périrent de famine ou furent surpris par le feu dans leurs maisons; quant à ceux qui trouvèrent le moyen de survivre, ils s’éparpillèrent en tous sens. Les familles furent disloquées. Les parents abandonnèrent leurs enfants et les maris leurs femmes. (Epstein p.7)

Ce ne fut cependant pas le cas de Terah qui réussit à s’enfuir et à regagner Haran où, malheureusement, il mourut. Il semble que son intention ait été de se réfugier dans les collines de Canaan mais ce fut son fils aîné qui hérita de lui: il s’appelait Abram, et accomplira ce que son père avait prévu. Avec quelques différences, cependant.

Selon Epstein, Abram était déjà à cette époque monothéiste. Mais ce n’était pas un monothéisme comme il en existait déjà. En effet à l’opposé des divinités d’autres religions, comme, par exemple, Anu, grand dieu de Sumer, et Shemesh, dieu universel de Babylone, le Dieu d’Abram n’était pas un dieu de la nature, dieu du ciel ou du soleil; ce n’était pas non plus un dieu local, limité à une ville ou à un pays. Créateur du ciel et de la terre et de tout ce qui s’y trouve, le Dieu d’Abram était indépendant de la nature et de toute les limitations géographiques. En outre, contrairement aux autres divinités, le Dieu d’Abram était essentiellement un Dieu moral pour qui la droiture et la pratique de la justice étaient choses primordiales. (Epstein, p.8)

Cette conception de Dieu allait bouleverser le reste de l’histoire humaine. Comment Abram en eut-il l’intuition? La Bible parle d’une révélation, plusieurs auteurs de l’histoire juive ne la mettent pas en doute (Benaïm Ouaknine, Chouraqui, Szlakmann etc.). Epstein va un peu plus loin:

Nous ignorons comment Abram parvint à cette conception de Dieu, conception que l’on a justement appelée un « monothéisme éthique », pour la distinguer de toutes les autres formes de monothéisme. Peut-être fut-ce l’aboutissement d’un raisonnement spéculatif, comme ce fut le cas pour d’autres monothéistes, et il se peut que sa noblesse d’âme innée, dont le récit biblique nous est une preuve, l’ait conduit à attribuer à la Divinité qu’il adorait les mêmes qualités morales auxquelles, dans sa propre vie, il tentait d’être fidèle. A moins que, peut-être, sa foi religieuse lui ait été donnée d’un coup, par le moyen de quelque illumination intérieure, par une expérience mystique, une révélation. Quoi qu’il en soit, le jour où il échappa à la ruine d’Ur fut manifestement un tournant dans son évolution spirituelle. Sensible au divin, il comprit que sa délivrance avait été providentielle, et bientôt il possédait la conviction qu’il avait été préservé en vue de fonder une nouvelle nation, une nation qui apporterait au monde la connaissance de Dieu, et à toutes les familles de la terre les bénédictions qui en découlent. (Epstein, pp.8-9)

Deux buts guidaient Abram lorsqu’il reprit la route de Canaan. D’une part, il voyait sans doute la solitude des collines de Canaan comme propices au développement de son intériorité en même temps que proche des routes importantes permettant de faire connaître sa foi à d’autres civilisations et d’autres peuples.

Déjà, à ce stade, on peut parler d’Alliance entre Dieu et Abram, une Alliance qui sera la clé de compréhension de tout le judaïsme et aussi de tout le christianisme. Déjà, Abram avait eu l’intuition de Dieu ainsi que celle de partir d’Haran. Parvenu à Sichem, une révélation confirmera cette Alliance et Abram continuera sa route jusqu’au Néguev. Tout le long du chemin, il fit des adeptes. C’était, véritablement, quelque chose de révolutionnaire car l’idée de convertir des gens de leur « méchanceté » à la foi en Dieu et à une vie droite était parfaitement inconnue avant Abram. (Epstein, p.9)

Arrivés en Canaan, ils reçurent le nom d’hébreux, nom provenant sans doute du cunéiforme habiru qui signifie émigrants, nomades. Avec le temps, ils s’installèrent et c’est ainsi que « les Hébreux, à l’origine une tribu nomade d’agriculteurs et d’éleveurs, » vivant « en Mésopotamie aux environs du XVIIIe siècle avant Jésus-Christ » (Ouaknine, p. 9), implantèrent au Moyen-Orient une religion originale dont personne avant eux n’avaient eu l’intuition.

Abraham eut deux fils. Le premier avec Hagar, sa servante égyptienne, eut pour nom Ismaël. Le deuxième, celui qui devait hériter, naquit de son épouse Sarah et eut pour nom Isaac. Plusieurs ont vu dans ces naissances un conflit d’héritage (Szlakmann), la descendance d’Ismaël étant traditionnellement identifiée aux musulmans.

Quoi qu’il en soit, Isaac eut à son tour deux fils: Esaü d’abord et Jacob ensuite. Lors d’une famine, Esaü vendit son droit d’aînesse à Jacob qui devint celui qui devait hériter. Ici encore, certains ont vu un conflit d’héritage, présentant la descendance d’Esaü comme les chrétiens. Toujours est-il que Jacob eut quant à lui douze fils. Jacob fut renommé Israël et ses douze fils furent les ancêtres des douze tribus d’Israël.

Une famine poussa les Hébreux en Égypte où, grâce à un des plus jeunes fils d’Isaac, Joseph, ils purent vivre en paix. En effet, à cette époque, c’étaient les Hyksos qui régnaient sur l’Égypte. Or les Hyksos étaient des sémites et à ce titre, se reconnaissaient des affinités avec les Hébreux. Joseph put donc faire une carrière à la cour égyptienne et les Hébreux purent vivre en paix en Égypte. C’est à ce moment-là que les douze tribus se multiplient et deviennent une ethnie. (Benaïm Ouaknine, p.9)

Pourtant, vers -1580, Ahmosé réussit à expulser les Hyksos d’Égypte. A ce moment-là, un long calvaire va commencer pour les Hébreux, mal vus à cause de cette même parenté avec les Hyksos. Graduellement, le peuple entier sera réduit en esclavage par les égyptiens. Cet esclavage ira toujours en empirant.

Durant ce temps d’esclavage, les Hébreux conserveront ce qui les caractérisent. Le monothéisme d’abord, puis le respect de la tradition et des patriarches, leurs noms et leur langue. Cela leur donne « le sentiment d’être un peuple distinct, c’est-à-dire ayant une identité différente de celle des égyptiens. » (Benaïm Ouaknine p.10)

Thouthmosis III conquiert et annexe les territoires du Moyen-Orient jusqu’à l’Euphrate. Cependant, à sa mort, les états sémites se révoltent et tentent de recouvrer leur liberté. Cela a pour conséquence que son successeur, Aménophis II, par vengeance mais aussi par peur, usera de représailles auprès des Hébreux et la situation deviendra si intolérable que, vers -1450, il semble bien que les Hébreux seront exterminés.

Suite à un édit du Pharaon ordonnant de tuer tous les premiers nés mâles des Hébreux, une femme cache son fils qui est recueilli par une princesse égyptienne. C’est Moïse. Élevé à la cour égyptienne, il prend graduellement parti pour les Hébreux contre les égyptiens et doit s’enfuir vers Madian où il se mariera et entreprendra une vie de berger. Cependant, une révélation va transformer la vie de Moïse. La voix de Dieu, venant d’un buisson en flammes ne se consummant pas, lui ordonna de retourner en Égypte afin de libérer les Hébreux et les emmener en Terre Promise. Sur la demande de Moïse, Dieu se nomme: YHWH, que l’on peut traduire par Je suis ce que je suis ou encore Il est ce qu’Il est: « cela implique l’idée que Dieu est Celui qui est partout présent auprès de Son peuple, avec les enfants comme avec les pères, tout au long de leur histoire, passé, présent et avenir. » (Epstein, p.12)

Moïse partit donc et le peuple le reconnut comme l’envoyé du Dieu d’Abraham et de l’Alliance. Sous l’effet de 10 fléaux successifs (les dix plaies d’Égypte), Aménophis II finit par laisser partir les Hébreux qui, sous la conduite de Moïse, traversèrent la mer Rouge où les égyptiens qui les poursuivaient se noyèrent. Les hébreux aboutirent au mont Sinaï.

Cette suite d’événements extraordinaires eut sur la vie spirituelle du peuple un effet extrême. Elle les rendit particulièrement sensibles aux choses divines et leur inspira une foi plus forte que jamais dans le Dieu de leurs pères, qui s’était interposé pour les délivrer de la maison de servitude et de la main de leurs ennemis… C’est dans cet état d’exaltation spirituelle que le peuple suivit Moïse dans le désert du Sinaï, où ils devaient apprendre à quelles fins ils avaient été délivrés, et quel destin les attendait. (Epstein, pp.12-13)

Au mont Sinaï, Moïse reçoit des mains de Dieu les dix commandements. En les recevant, il accepte, au nom du peuple, de conclure une nouvelle Alliance avec Dieu, une Alliance décisive.

L’idée d’alliance est fondamentale dans le mosaïsme: l’alliance permet la rencontre de l’éternel incréé et de la créature… Moïse, au Sinaï, conclut le pacte qui unit Israël à son Dieu par le sacrifice: son signe est le Sabbat, le jour de la plénitude de la création parfaite, sa loi celle que Dieu révèle sur le Sinaï. Un peuple est ainsi élu, pour en promouvoir l’ordre dans l’univers. (Chouraqui, p.13)

Dans la révélation du Sinaï, Dieu se révèle comme « le Dieu de l’histoire, intervenant sans cesse dans sa création » (Szlakmann, p.10), et sa Parole, la Torah et les dix commandements, est un ordre universel, bon pour tous les humains de toutes les époques. Le peuple élu doit, quant à lui, jouer le rôle de prêtre et annoncer au monde cet ordre voulu par Dieu: « Vous serez pour moi un royaume de prêtres et une nation sainte. » (Ex 19,6). Ainsi donc, dès le départ, le judaïsme aura une vocation sacerdotale (prêtres) et universelle qui le caractérisera tout au long de son histoire.

L’Alliance est un véritable mariage entre Dieu et l’être humain, mariage indissoluble qui prévaut pour chaque être humain et dont Israël doit être le témoin privilégié. Ce mariage comprend un cadeau de noces, la Terre sainte, que le peuple élu n’oubliera jamais, et un engagement, celui de Dieu à continuer d’agir dans l’histoire et celui du Peuple d’obéir à la Torah et de la mettre en pratique. Car la loi de Dieu est d’abord et avant tout une loi morale qui fait du judaïsme, comme nous l’avons dit plus haut, un monothéisme éthique.

2. Deuxième période ( durée: 7 siècles)

Moïse conduira le peuple à travers le désert durant 40 ans, mais c’est à Josué que reviendra la tâche d’installer le peuple en terre de Canaan. Cette installation sera marquée par une conquête mémorable inscrite avec beaucoup de détails dans la Bible.

Après et pendant la conquête, toute une première partie de l’histoire du peuple élu sera dirigée par des Juges dont les rôles seront à la fois d’être des leaders politiques en même temps que prophétiques et théologiques. C’est aussi à eux qu’incombera l’application de la loi. Les plus célèbres seront Déborah, Gédéon, Samson et Samuel (Benaïm Ouaknine, p.11).

Au cours des conquêtes et des premières années de vie en terre de Canaan, Israël a été en contact avec beaucoup d’autres peuples, religions et coutumes. Ces contacts ont mis en péril l’unité nationale (Chouraqui p. 14) et le mélange des coutumes et des peuples a dissous quelque peu l’originalité d’Israël.

Lorsque Samuel, à la demande du peuple, puis de Dieu, consacre le premier roi d’Israël, Saül, l’unité nationale se restaure et le sentiment d’appartenance redevient fort.

Cette période de l’histoire marquée par les rois conduira Israël à des sommets politiques et temporels jamais atteints. Après Saül, David à qui l’on attribue les Psaumes, sera un grand roi. Son fils Salomon fera construire le Temple et conduira « Israël à l’apogée de sa puissance » (Chouraqui, p.15)

Malheureusement, à la mort de Salomon, le royaume sera divisé en deux, opposant les deux royaumes dans des rivalités et des guerres fratricides. Le premier royaume, celui de Juda, aura pour capitale Jérusalem et pour rois les descendants de David. Le deuxième, celui d’Israël, aura pour capitale Samarie et aura pour rois des petits rois de dynasties diverses. Ces deux royaumes abandonneront peu à peu les enseignements de la Torah, pratiquant l’idolâtrie et sombrant dans la corruption. (Szlakmann, p.11)

À partir de ce moment, Dieu ne passe plus vraiment par les rois pour instruire et conduire son peuple mais par les prophètes. Le prophétisme, en effet, se développe à cette époque d’une façon tout à fait naturelle.

Le prophète est un homme inspiré directement par Dieu et dont le rôle est de juger les événements, de prévoir les châtiments et d’annoncer « l’éternel triomphe de la lumière sur les ténèbres. » (Chouraqui, p. 15) Pour cela, il interprète les événements à la lumière de la révélation de Dieu et discerne la volonté de Dieu en confrontant les exigences de la Torah à la réalité historique. C’est ainsi que le prophète va faire évoluer le peuple en intégrant désormais à la théologie judaïque un messianisme nouveau qu’on n’avait jamais rencontré auparavant.

Le Prophétisme conçoit désormais l’histoire universelle comme une marche des ténèbres vers la lumière, de l’iniquité vers l’amoureuse justice de Dieu, connu, reçu, aimé, obéi dans la transcendance de son règne. Quelles que soient les profondeurs de la chute, le triomphe et le règne du Messie sont attestés dans les certitudes de la vision: un reste annoncera son règne. (Chouraqui, p.16)

C’est sans doute aussi de cette époque qu’origine le mot que nous connaissons aujourd’hui pour définir le peuple d’Israël. En effet,

Jusqu’alors, les Juifs se désignent eux-mêmes du nom d’Israël, aussi bien dans le domaine de la liturgie que de la littérature: peuple d’Israël, fils d’Israël. Mais le peuple d’Israël ne correspondant plus qu’au royaume de Juda est appelé « habitants de la Judée » ou Judéens, mot qui a donné le terme que tout le monde connaît aujourd’hui: Juifs. (Benaïm Ouaknine, p. 12)

En -722, la conquête assyrienne fait disparaître le royaume d’Israël. Celui de Juda lui survivra quelques temps, mais en -586, le royaume de Juda est rasé par les babyloniens, le Temple est détruit et la plus grande partie du peuple est déporté à Babylone. C’est la première dispersion des juifs hors de leur terre, la première diaspora.

3. Le premier retour (la Restauration).

Après un certain temps, l’Empire babylonien tombe sous la domination perse et Cyrus permet aux juifs de retourner chez eux. C’est la restauration du royaume de Juda dans une vie relativement autonome sous la tutelle Perse. On procède à la reconstruction du temple (de -538 à -515). Graduellement, le prophétisme disparaîtra, faisant place à un rôle qui deviendra prépondérant: celui des scribes (les sopherim) et des écrivains apocalyptiques. Sauf durant une petite période, les juifs ne connaîtront plus l’autonomie totale. Après la domination perse, ce sera la domination grecque. En -168, sous la conduite de Juda Maccabée, la nation redevient indépendante, mais en -63 retombe sous la domination romaine jusqu’à sa fin vers +70.

Toute cette période est marquée par des rivalités théologiques, et dans cette atmosphère on peut discerner deux grands partis qui s’affrontent: Les Sadducéens et les Pharisiens. Parallèlement aux grandes discussions des deux principaux partis naît aussi un monachisme juif: les Esséniens.

Les Sadducéens sont les représentants des grands et des prêtres. Ils ne sont que peu populaires parmi le peuple. Ils croient en la suprématie de la nation élue dans le monde, sont d’une extrême sévérité en matière de morale et d’application de la loi car ils prônent une fidélité totale et rigoureuse à la lettre de la Torah. Les Sadducéens refusent aussi des idées nouvelles comme celle de la survie de l’âme et de la résurrection des corps.

Du mot hébreu perushim, les séparés, les Pharisiens sont très mal connus dans le christianisme et, selon Chouraqui, bien sévèrement jugés:

les jugements péjoratifs que l’on porte souvent sur le compte des Pharisiens sont injustes, sinon grossiers, et ne tiennent aucun compte du rôle déterminant qu’ils remplirent dans la vie religieuse du judaïsme et, on peut bien le dire, de l’humanité. (Chouraqui, p.19)

Toujours selon Chouraqui, les Pharisiens sont en fait responsables de la structuration du judaïsme tel qu’on l’a connu pendant des siècles. Ce sont eux qui ont défini les principaux concepts comme la justice de Dieu, la liberté de l’homme, l’immortalité personnelle, le jugement après la mort, le paradis, le purgatoire, l’enfer, la résurrection des morts, le règne de gloire etc. Ce sont eux qui donneront le rôle essentiel d’enseignants et de commentateurs de la Torah aux Rabbins et qui développèrent les Synagogues comme lieu privilégié d’enseignement de cette Torah.

Mais chez les pharisiens, l’entente non plus n’existait pas. On note généralement deux écoles très divergentes: l’école de Hillel l’Ancien et celle de Shamaï. L’école de Hillel était plus conciliante et tolérante, mettant l’accent sur l’amour du prochain dans son interprétation de la Torah. L’école de Shamaï était plutôt intransigeante, insistant surtout sur l’observance aveugle de la lettre de la Torah.

On conte qu’un jour un homme, un païen, qui songeait à se convertir, demanda à Hillel quel était le commandement essentiel de la Thora (sic), et il reçut cette réponse: « Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas pour toi-même. » Parole tout évangélique – c’est celle que donnent Mt 7, 12 et Lc 6,31, et qu’on nomme la règle d’or – et qui a fait dire qu’Hillel était le vrai maître de Jésus. Il n’admettait le divorce, c’est-à-dire la répudiation de la femme, que si elle tombait dans l’adultère, tandis que Schammaï (sic) consentait à ce qu’un mari pût chasser son épouse si elle avait seulement gâté le dîner. (Gugnebert, pp. 87-88) Les Esséniens se développèrent une centaine d’années avant l’ère chrétienne. Des hommes et des femmes se regroupèrent pour vivre en communauté un idéal de vie religieuse dans le silence, la prière, la pauvreté, l’obéissance et la pureté. On estime leur nombre à environ 4000 (Chouraqui p.20) et leur influence a été marquante, non pas du point de vue juif mais par l’héritage laissé aux chrétiens. Beaucoup, en effet, font un lien entre ce monachisme et celui des chrétiens.

Les romains laissent généralement les juifs s’administrer eux-mêmes mais sont polythéistes et pour les juifs, l’entrée d’idoles sur le territoire sacré (la Terre sainte) est certainement inadmissible. De plus, écrasés par les impôts qu’ils arrivent difficilement à payer, les juifs ne sont pas contents. A côté du pharisaïsme et souvent avec lui se développe un « parti » prônant la lutte armée, les Zélotes, et la résistance s’organise lentement. C’est dans cette atmosphère que naîtra Jésus, le Nazaréen, autour de l’an -7.

4. La seconde Diaspora

En +66 éclate la première guerre entre juifs et romains. En 70, Jérusalem tombe et le Temple est détruit. En 73, Massada, la dernière forteresse, tombe aux mains de l’ennemi. Beaucoup de juifs seront alors dispersés à travers le monde, plusieurs resteront aux alentours, mais plus aucun n’a désormais de pays.

Le peuple tout entier était ainsi placé dans la situation du Messie souffrant des prédications rabbiniques, de l’Homme des Douleurs de la vision d’Isaïe ou des psaumes. (Chouraqui, p.24)

Cette nouvelle diaspora fut déterminante pour le développement de la pensée juive. Des petites communautés se formèrent un peu partout autour du bassin méditerranéen et l’école, donc la Synagogue prit de plus en plus d’importance.

Après une telle défaite, il ne reste plus aux Juifs que l’école pour remplacer le Temple. C’est donc l’étude de la Loi qui devient le ciment du peuple juif. Les chefs d’Israël seront des princes de l’esprit, les nassi, dont l’autorité sera reconnue aussi par les Romains. (Benaïm Ouaknine, p.14)

À partir de là, le mot d’ordre sera de sauver le patrimoine spirituel et de réaliser l’unité interne. Les Sadducéens, Zélotes et Esséniens disparaissent et les Pharisiens prennent le contrôle spirituel des synagogues. Autour du nassi (le patriarche) et du Sanhédrin, la pensée juive se développe à Jérusalem. Un autre grand centre se développe aussi à Babylone en Mésopotamie.

Entre 135 et 200, Judah le Saint achèvera ce qui est commencé depuis longtemps. En effet, on admet couramment qu’à côté de la Torah, la Loi écrite, existe une tradition orale, une Torah orale transmise de génération en génération depuis Moïse. Ces commentaires oraux sont le Midrash (signifiant étudier les textes pour en tirer des enseignements) halakha (enseignement législatif, de Halah’a = marcher) et le Midrash haggada (enseignement narratif et moral).

Le rôle de la Torah orale est de permettre l’application de la Torah écrite dans les situations concrètes de la vie. Szlakman en donne un bon exemple (p.57):

Torah écrite = Le Chabbath « tu n’y feras aucun labeur ». Qu’est-ce qu’un « labeur »? La Torah orale nous énumère 39 travaux interdits le Chabbath.

Pour ne pas figer cet enseignement, il était interdit de le mettre par écrit. Pourtant, vers 135-200, il devient impératif de sauvegarder ce précieux enseignement pour les générations à venir. On met donc la loi orale par écrit. C’est Judah (Yehoudah) le Saint, un rabbin (rabbi) de l’époque qui le fait. L’ouvrage terminé prendra le nom de Mishna et sera divisé en six ordres (les semences, les saisons, les femmes, les dommages, les choses sacrées et les choses pures). Le (ou la) Mishna deviendra le fondement de tout l’enseignement juif et suscitera lui-même de nombreux commentaires qui seront regroupés sous le nom de Guemara. Autant à Jérusalem qu’à Babylone, on procède à la compilation de ces textes et commentaires. Vers le 4e siècle, le Mishna et le Guémara sont regroupés sous le nom de Talmud: d’une part le Talmud de Jérusalem qui ne sera pas très populaire et le Talmud de Babylone qui sera huit fois plus répandu que le premier.

5. Le premier millénaire

Avec la conversion de Constantin au 4e siècle, les chrétiens voient leur foi triompher dans tout l’Empire. Mais en même temps que les rabbi de l’époque coupent les ponts avec le monde extérieur pour garder la foi pure se développe dans le christianisme un antisémitisme grandissant.

Peu de textes parlent de cette époque. De tous les volumes consultés, seul Chouraqui aborde franchement la question, les autres préférant se centrer sur la rédaction et le contenu du Talmud. Il est vrai qu’on ne peut couper au couteau ce qui date des années 300 et des années 1000 ou même 1200. Historiquement, disons que les juifs auront à vivre au cours des siècles qui suivirent dans des contrées marquées soit par le christianisme (Empire romain d’abord puis Europe du Nord) soit par l’Islam qui conquiert presque l’ensemble du Moyen-Orient dès 732.

5.1 Dans le christianisme

C’est, nous l’avons dit, Chouraqui qui aborde le plus franchement la question de la relation juifs-chrétiens. Citons pour commencer son texte éloquent:

L’Église naissante avait tout reçu d’Israël: les Écritures, les Patriarches, les Alliances, la Loi, le Culte, les Prophètes, la Vierge, le Christ, les Apôtres, la Chrétienté primitive enfin; il n’est pas jusqu’au monachisme chrétien dont on ne puisse trouver les antécédents dans le monachisme juif des Esséniens, mieux connu depuis la découverte des Manuscrits de la mer Morte. Et elle le savait si bien qu’elle se proclama l’héritière de la Synagogue, le Nouvel Israël. On hérite d’un mort: or, si Israël semblait bien devoir expirer après sa guerre contre Rome, le destin contraire prévalut; ayant sauvé les vestiges de son authenticité spirituelle, ses Écritures, ses traditions, ses croyances, il refusa sa défaite et s’installa en marge de l’Histoire dans l’attente de la réparation promise; la Synagogue de l’Exil était constituée de telle sorte qu’elle pouvait affronter toutes les tempêtes de l’Histoire, et sans plier, attendre l’heure de l’épanchement de la paix, où ses yeux pourraient s’ouvrir enfin pour contempler la gloire du Messie triomphant.

La situation était grosse d’un conflit inexorable qui engageait en fait les fins dernières de l’humanité: la paix entre la Synagogue, annonciatrice du Verbe révélé et du Messie de Gloire, et L’Église, issue de son sein, adoratrice du Verbe incarné et du Messie crucifié, signifierait un jour la fin de la contradiction parmi les hommes, l’ultime triomphe de l’unité d’amour qu’elles annonçaient et servaient toutes deux, selon leur vocation propre.

Et la guerre fut sanglante. La chute de Jérusalem marque l’arrêt du mouvement d’expansion du judaïsme et de ses missions extérieures; toutes les forces n’étaient pas de trop pour assurer l’oeuvre du sauvetage des reliques. Bientôt, par surcroît, les Juifs vaincus durent subir l’assaut du prosélytisme chrétien désormais triomphant et maître de l’Empire depuis la conversion de Constantin. Privé de tous moyens de défense, Israël se réfugia dans la toute-puissante passivité de la prière. Cette résistance–la seule qu’ils ne purent jamais vaincre en Europe–était bien faite pour irriter, parfois jusqu’à la furie, les propagateurs ou les fidèles de la foi nouvelle. Et la Croix devint crucifiante pour ceux qui attendaient le Messie de Gloire…

Il apparut essentiel à la Chrétienté de ruiner en terre de mission la puissance et le prestige du Juif (saint Jean Chrysostome) et de s’en servir en le gardant en tant que témoin avili de la Passion du Christ (saint Augustin), dont le peuple déicide était accusé de porter la responsabilité. L’enseignement du mépris se renforça d’une législation qui organisait contre le Juif un impitoyable système d’avilissement (Jules Isaac): sanctions rigoureuses contre le prosélytisme juif, contre les mariages mixtes, interdictions de bâtir, de réparer ou de restaurer les synagogues, exclusion absolue de toutes les fonctions publiques, interdiction de posséder des esclaves chrétiens (ce qui entraînait le corollaire d’une exclusion pratique de l’agriculture et de l’industrie qui exigeaient l’emploi d’une main-d’oeuvre servile), interdiction de commercer avec les Chrétiens, etc. Des pontifes, des monarques, des princes s’efforceront bien d’humaniser ces lois, aux périodes de crises, elles seront impitoyablement appliquées et donneront aux masses des réflexes meurtriers dont notre génération sait que l’habitude ne s’est pas perdue partout. Aussi l’histoire des Juifs en Europe a-t-elle pu s’écrire comme une suite accablante d’expulsions, d’exactions, de pillages, de viols, de meurtres, de massacres: on constate, surtout pendant le IIe millénaire de l’Exil le même procès historique: les Juifs sont largement accueillis par les nations lorsqu’elles sont en voie de formation; ils sont tolérés par la suite sans qu’aucun droit ne leur soit formellement garanti, et toujours persécutés, voire définitivement éliminés, en temps de crise. Les pires procédés dont furent victimes les Juifs font une timide apparition pendant le IIe millénaire de l’Exil, qui dans l’ensemble fut paisible (signalons toutefois l’expulsion des Juifs d’Espagne par Sisebut en 613, et celle des Juifs de France par Dagobert en 629). (Chouraqui, pp 72-74)

Dans ce texte, Chouraqui laisse entendre que les chrétiens persécutèrent les juifs de façon continue. Il faut dire ici que la coupure avec le judaïsme, commencée avec l’apôtre Paul, devait atteindre son apogée au moment des persécutions d’Hadrien contre les juifs et les chrétiens.

Epstein voit d’ailleurs dans cette coupure une certaine lâcheté:

Les Judéo-chrétiens, eux, furent incapables d’accepter l’idée d’une nation séparée de son territoire. Pour eux, la fin de l’État juif fut la perte des fondements sur lesquels était construite la vie spirituelle et culturelle juive. Cela ouvrait la porte à une séparation complète d’avec leur peuple, séparation que les tragiques événements ne firent que hâter. Afin d’échapper à la proscription générale de la Torah par Hadrien et d’acquérir quelques avantages temporels, les Judéo-chrétiens n’hésitèrent pas à abandonner toutes les pratiques religieuses qu’ils avaient observées pendant un siècle environ, et se coupant de leur propre peuple, finirent par rejoindre la masse des païens qui, sous l’influence de Paul, avaient entre temps été attirés au christianisme. (Epstein, p.112)

Quoi qu’il en soit de cette période pré-chrétienne où il est tout de même certain que les chrétiens furent persécutés eux aussi, il reste qu’au moment de la conversion de Constantin, l’Église développa vraiment un antisémitisme parfois agressif mais avait beaucoup à faire avec ses propres hérésies. Ce n’est que vers le 7e siècle mais surtout au début du deuxième millénaire que les juifs commencèrent à ressentir les persécutions des chrétiens. Pour notre propos, nous ne retiendrons ici que la grande persécution qui eut lieu vers 618, alors que le roi Sisebut força 90 000 Juifs à devenir chrétiens.

5.2 Aux côtés de l’Islam

Dès le 7e siècle, les conquêtes arabes font du Moyen-Orient un univers musulman. En terre d’Islam, le sort des juifs sera moins pire qu’en occident. Plus méprisé que haï, le juif est toléré par les musulmans comme un des peuples du Livre (la Bible) et, s’il ne peut plus travailler la terre comme autrefois, peut tout de même s’établir comme artisan ou commerçant. Il est déclaré par les musulmans « dhimmi » (protégé) et doit vivre dans des quartiers réservés et porter un costume spécial.

6. Le deuxième millénaire.

C’est en terre d’Islam que les juifs prennent connaissance de la littérature grecque traduite en arabe, puis en hébreu et qu’ils développent la philosophie. Il se produit sur le plan de la pensée et de la culture, surtout en Espagne, une sorte de symbiose judéo-arabe qui a fait qualifier d’âge d’or de la pensée cette période, qui ira jusqu’au 12e siècle. Cependant, cette philosophie grecque toute empreinte des idées d’Aristote n’est pas toujours bien vue et risque de déformer la Torah et le Talmud. C’est en 1195 que Moïse Maïmonide, surnommé l’aigle de la synagogue, publie à le «Guide des égarés», une oeuvre maîtresse qui concilie les idées d’Aristote à celles de la Torah, qui intègre la raison à la foi. Epstein décrit ainsi son influence:

Le Guide de Maïmonide fit une impression profonde. Il fut traduit en hébreu deux fois du vivant de l’auteur, et, par cet intermédiaire, exerça une influence énorme sur la pensée juive, en dehors même du monde juif de langue arabe. Le Guide agit également, grâce à une traduction latine, sur la pensée chrétienne latine du Moyen-Âge, et le moins influencé ne fut pas Thomas d’Aquin. Parmi les Juifs eux-mêmes, le Guide devint le manuel de philosophie de la classe cultivée, surtout en Provence, où, sous l’influence d’une forte immigration judéo-hispanique, les Juifs s’étaient initiés à la culture de leurs coreligionnaires vivant en pays musulman. Plus grande et plus répandue encore fut l’influence de son credo, qui, en moins d’un siècle, devint le grand thème pour les poètes de la Synagogue; cela aboutit à son incorporation sous deux formes distinctes (prose et poésie) au livre de la prière quotidienne juive. (Epstein, p. 204)

Entre les 11e et 14e siècles, ce sera l’époque des croisades. Parallèlement à cela on assistera évidemment à un certain déclin politique et économique de l’Islam. Avec les conquêtes chrétiennes, les Juifs se préparent à vivre de douloureux instants. Accusés d’être un « peuple déicide, maintenant condamné par Dieu à être perpétuellement errant à cause de son infidélité » (Vernette, p. 136), les juifs seront persécutés, à mesure que l’avance des troupes chrétiennes pénétreront en territoire islamique. Les chrétiens ne leur laissant le choix que de renier leur foi, mourir ou s’exiler, il se produira une migration massive des juifs vers l’Afrique du Nord, la Provence et l’Europe occidentale qui deviendra le centre de gravité de la culture juive. « En 1215, le Concile de Latran décrète le port obligatoire de la rouelle jaune par tous les Juifs et, dans les villes, des quartiers réservés aux Juifs, les ghettos, apparaissent. » (Vernette, p. 136) En fait, ce nom de ghetto n’apparaîtra officiellement que vers le 16e siècle, alors que la réalité était déjà bien ancrée. Il vaut sans doute la peine de reproduire ici les décrets au sujets des juifs dans le texte intégral du IVe Concile du Latran en 1215 afin de pouvoir soi-même s’en faire une idée précise.

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MESURES CONTRE LES JUIFS

De l’usure pratiquée par les juifs

Canon 67. Plus la religion chrétienne s’efforce de rejeter les pratiques usuraires, plus celles-ci se répandent avec perfidie chez les juifs: ils sont en passe d’épuiser à bref délai les richesses des chrétiens. Nous entendons en nos régions aider les chrétiens à échapper aux sévices des juifs; nous statuons donc ceci par décret synodal: si à l’avenir, sous quelque prétexte, les juifs extorquent des intérêts usuraires aux chrétiens, tout commerce entre juifs et chrétiens devra cesser jusqu’à juste réparation des graves préjudices infligés. Les chrétiens eux-mêmes, si nécessaire, seront contraints par censure ecclésiastique sans appel de cesser tout commerce avec eux. Nous enjoignons toutefois aux princes d’épargner à cet égard les chrétiens en s’appliquant plutôt à détourner les juifs de commettre de si lourdes injustices. Sous menace de sanction identique, nous décrétons qu’il convient d’obliger les juifs à s’acquitter envers les églises des dîmes et offrandes qu’elles recevaient des maisons et autres biens avant qu’ils ne soient passés à quelque titre que ce soit entre leurs mains: de telle sorte que les églises ne soient point lésées.

Que les juifs doivent se distinguer des chrétiens par un habit spécial

Canon 68. En certaines provinces, juifs ou Sarrasins se distinguent des chrétiens par un habit différent; en d’autres au contraire règne une telle confusion que rien ne les différencie. D’où il résulte parfois, qu’ainsi trompés, des chrétiens s’unissent à des femmes juives ou sarrasines; des Sarrasins ou des juifs à des femmes chrétiennes. Pour éviter que des unions aussi répréhensibles ne puissent à l’avenir invoquer l’excuse du vêtement, nous statuons ceci: en toute province chrétienne et en tout temps, ces gens de l’un ou de l’autre sexe, se distingueront publiquement par l’habit des autres populations, comme Moïse le leur a d’ailleurs prescrit (Lév 19,19; Dt. 22,5 et 11). Les jours de lamentation et le dimanche de la Passion, les juifs devront s’abstenir de paraître en public: certains d’entre eux, en effet, nous l’avons appris, osent en de tels jours arborer leurs plus beaux habits, et se moquent des chrétiens qui portent des signes de deuil en mémoire de la très sainte Passion. Nous leur interdisons rigoureusement de danser de joie en outrage au Rédempteur. Et parce que nous ne saurions nous taire devant l’opprobre qui a lavé nos péchés, nous enjoignons aux princes séculiers de frapper les transgresseurs d’une peine appropriée, afin qu’ils cessent de blasphémer Celui qui fut crucifié pour notre salut.

Inaptitude des juifs et des païens aux emplois publics

Canon 69. Il serait absurde de laisser les blasphémateurs du Christ exercer quelque pouvoir sur des chrétiens. Le décret pris à cet égard par le concile de Tolède, nous le renouvelons ici, en raison de l’audace des transgresseurs, interdisant de confier des charges publiques aux juifs, car c’est prétexte pour eux de sévir contre les chrétiens. Quiconque leur aurait confié de telles charges, le concile provincial que nous enjoignons de célébrer annuellement sur monition préalable, le contraindra par sanction appropriée. Quant à l’officier juif, il sera écarté de tout commerce et autres relations avec les chrétiens, tant qu’il n’aura pas restitué au profit des chrétiens pauvres et à l’arbitraire de l’évêque diocésain, ce qu’il aurait perçu des chrétiens à l’occasion de sa fonction. Il devra se démettre humblement de la charge indûment assumée. Nous étendons la même règle aux païens.

Les juifs convertis ne doivent pas retourner à leur ancien rite.

Canon 70 . Certains, nous l’avons appris, ayant accédé de plein gré au saint baptême, ne dépouillent pas entièrement le vieil homme pour revêtir parfaitement le nouveau (Col. 3, 9): conservant des pratiques du rite judaïque, ils troublent par ce mélange la beauté de la religion chrétienne. Il est écrit: « Maudit soit l’homme qui pénètre sur sa terre par deux chemins » (Sir. 1, 3, 28), et aussi: « On ne doit pas revêtir des vêtements tissés à la fois de lin et de laine » (Dt. 22, 11). Nous statuons donc ceci: ces personnes, les recteurs des églises doivent les contraindre de rejeter leurs anciens rites, afin que quiconque s’est librement offert à la religion chrétienne, une salutaire contrainte le maintienne en observance. Car « il y a moindre mal à ignorer la voie du Seigneur qu’à retourner en arrière après l’avoir connue » (2 P. 2, 21).

(source: Foreville, pp.357-382, in: Chelini, pp.367-368)

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En territoire chrétien, cela ira donc très mal pour les juifs. Benaïm Ouaknine résume ainsi les trois siècles de persécutions les plus marquants (11e-14e) (p. 16)

Le juif est méprisé, traqué, accusé: il est un être mis à part, responsable des épidémies et des calamités qui affligent l’Europe du Moyen-Âge. On lui retire le droit de séjourner dans un voisinage chrétien, d’exercer la plupart des professions, de devenir propriétaire. Ce qui ne lui laisse qu’une seule ressource: devenir prêteur d’argent (ce qu’on lui reprochera plus tard).

Les procès se multiplient, suivis de condamnations au bûcher; les livres sacrés son censurés et brûlés sur la place publique. D’un pays à l’autre, d’un siècle à l’autre, les Juifs sont décimés, d’abord en Allemagne puis en Angleterre, en France, aux Pays-Bas, en Espagne et même en Palestine.

Chaque persécution est suivie d’un ordre d’expulsion, qui à tour de rôle videra ces pays de leur population juive (l’Angleterre en 1290, la France en 1394, l’Espagne en 1492.)

On peut se demander l’origine de cet antisémitisme chez des chrétiens provenant pourtant de la même tradition culturelle.

Chélini voit plusieurs causes complexes à cela.

Premièrement, il faut dire qu’au 11e siècle et aux suivants, l’idée du salut par le Christ et le sentiment d’appartenance à l’Église était fort. En même temps, les Chrétiens savaient que les Juifs ne faisaient pas partie de cette Église et les considéraient donc forcément comme différents.

Deuxièmement, les Juifs d’Orient avaient la réputation d’aider les Turcs à persécuter les chrétiens en Terre Sainte. Comme il s’agissait du même peuple Juif, il n’en fallait pas plus pour que la différence se transforme en agressivité. Lorsque la première croisade fut déclenchée, on monta à l’assaut de l’Islam mais aussi de tous leurs alliés. Les Juifs d’occident en firent également les frais.

Troisièmement, « les thèmes du judaïsme dégénéré à la naissance du Christ, du peuple juif comme un peuple charnel incapable de comprendre le sens spirituel de l’Écriture, mais surtout le thème du peuple déicide et pour cela repoussé de l’univers entier, courants déjà chez les Pères, furent repris et développés par les clercs du temps. » (Chélini, p.326)

Quatrièmement, porté par tous les facteurs mentionnés plus haut, des gestes légaux ont été posés, contribuant d’une part à accentuer les différences entre juifs et chrétiens et d’autre part augmentant les agressivités en confinant les Juifs à des tâches comme le prêt d’argent qu’on leur reprochait déjà.

Cinquièmement, enfin, la littérature et l’iconographie traça le portrait-type du juif. Alimenté par le fait que les Juifs avaient pris l’habitude, influencés par la Cabale, de porter la Barbe et les papillotes, on représenta les juifs avec une barbe pointue, des sourcils épais et un nez de plus en plus crochu.

Au 16e siècle, la situation était la suivante.

Deux centres principaux regroupaient les communautés juives selon des « branches culturelles » (Szlakmann, p.32). Originaires d’Espagne et donc d’influence Islamiste, les Sépharades sont les juifs du bassin méditerranéen. Leur langue, à l’époque, était le ladino et c’est dans ce milieu judéo-islamique qu’est né le mouvement cabaliste au 13e siècle. La cabale est un commentaire mystique et ésotérique de la Torah. L’oeuvre la plus connue faisant partie de cet ensemble est le Zohar publié par Moïse de Léon au 13e siècle. Les Ashkénazes, originaires d’Allemagne désignent aujourd’hui les Juifs d’Europe et des États-Unis. Au 16e siècle, on rencontrait les Ashkénazes en Russie, en Pologne et en Allemagne. Leur langue était le Yiddish, un mélange d’allemand et d’hébreu.

Il faut signaler enfin un courant important s’étant développé entre 1150 et 1250 et qui survit encore de nos jours. Trois personnages importants de l’époque, Samuel de Spire, Juda de Worms et Éléazar de Worms mettent l’accent sur l’amour du prochain et la soumission à Dieu. On les appelle les juifs pieux ou Hassidim. Chélini (p. 325) compare Juda à saint François d’Assise et explique ainsi le texte majeur des juifs Hassidim:

Le Sepher Hassidim, testament spirituel des trois fondateurs, rapporte l’histoire d’un Hassid qui, l’été, couchait par terre dans la vermine et, l’hiver, emplissait d’eau ses chaussures, de sorte que ses pieds se trouvaient pris dans la glace. Le Hassidisme, à la fois ascétique et charitable, prêchait la sérénité devant les contraintes du monde et aida ces communautés à traverser les famines, les insultes, les injustices et les vexations qui pleuvaient sur les Juifs d’Europe depuis la fin du 16e siècle.(Chélini, p.325)

7. Les 18e et 19e siècles.

La révolution française de 1789 apporte un vent de renouveau. En 1791, en France, les Juifs obtiennent l’égalité des droits avec les chrétiens. Ce sera le point de départ d’une influence réciproque marquée à la fois par « la pénétration des Juifs dans la société française » et « la pénétration des valeurs occidentales dans l’univers culturel des Juifs. » (Benaïm Ouaknine, p. 18)

Avec les notions de droits et libertés qui se répandent, l’émancipation des Juifs se réalise en Angleterre, puis dans les États allemands. Ainsi, « les Juifs, enfin admis dans la société, vont s’assimiler à la société environnante, en abandonnant peu à peu les valeurs du judaïsme. Ils ne vont donc plus vivre en exil: ils s’installent dans une nouvelle patrie. » (Benaïm Ouaknine, p.18)

Puisque s’assimiler implique de se fondre dans la société, de changer de nom ou de façon de s’habiller, de changer de façon de vivre, en somme, il se produira alors une sorte de diaspora spirituelle par la révolution totale des manières d’être et de penser.

Entre 1728 et 1786, Moïse Mendelsohn en Allemagne traduit et commente le Pentateuque en réinterprétant l’ensemble du judaïsme. En 1807, Napoléon donne le titre de Grand-Sanhédrin à une assemblée de notables et de rabbins, ce qui, du point de vue juif n’a aucun sens puisque la restauration d’une institution morte ne peut venir que par une révélation directe de Dieu. On assiste à une laïcisation de la pensée et à l’assimilation graduelle de la morale. Ce qui s’affronte ici, c’est le rationalisme du siècle des Lumières contre le monde de la Torah. Chouraqui le commente ainsi la réunion de Napoléon qui résume très bien l’état d’esprit de ce siècle:

On prit acte du décès de la nation juive, on répudia ce qui était, dans la Torah de Moïse, susceptible de contredire la loi civile, on jura éternelle fidélité à la Patrie. (Chouraqui, p.102)

Au 19e siècle, le judaïsme vit la Réforme, une réforme qui videra une partie de ce judaïsme historique de son contenu. On reniera l’idée selon laquelle toute parole de la tradition écrite ou orale a été révélée par Dieu à Moïse, on avancera plutôt l’idée d’une révélation progressive permettant de faire place aux nouvelles idées que l’on avance, on adaptera la Torah aux exigences du monde moderne, relèvera les contradictions du Talmud, célébrera des mariages mixtes, on ira même en Allemagne jusqu’à remplacer l’hébreu dans le culte, alléger les observances rituelles et enlever le caractère obligatoire de la circoncision. Aux États-Unis, la réforme se fait aussi, mais pas de manière aussi radicale qu’en Allemagne puisqu’on conservera l’autorité de principe du Talmud.

À cette réforme, plusieurs réagiront radicalement, déclarant anathèmes ceux qui adhèrent à la réforme. C’est la contre-réforme, qui prône le retour à l’orthodoxie complète.

Une voie moyenne, se voulant conciliatrice et qu’on a baptisé la néo-orthodoxie prônera le retour à l’orthodoxie, mais en acceptant les principes de l’émancipation et en se soumettant au « primat de la loi de l’État » (Chouraqui, p. 110)

Comme si cela n’était pas suffisant, le sionisme viendra catalyser les mentalités autour de la vision du règne messianique. Au nom du messianisme juif, certains refuseront la création d’un état indépendant et juif. Au nom de ce même messianisme, beaucoup l’accepteront. En effet, certains prétendront qu’Israël ne peut être limité à un territoire puisqu’il doit être le symbole de l’unité humaine et que cela peut se faire dans les différents pays actuels. Selon cette idée, la création d’un État juif va à l’encontre du messianisme. Pour d’autres, c’est par la création d’un état que l’ère messianique est commencée, la restitution de la terre d’Israël aux juifs en étant le signe.

8. Le vingtième siècle.

Déjà, au 19e siècle, l’émancipation des juifs d’occident avait créé de nombreuses réactions d’antisémitisme dans les populations.

Ces réactions furent violentes en Europe orientale, non touchée par l’émancipation. En 1882, de nombreuses progroms (massacre et pillage) des populations juives ont lieu. La plus célèbre est celle de Nijni-Novgorod. C’est le prélude à une vision du monde sans les Juifs, vision pleinement concrétisée près de 60 ans plus tard.

En effet, alors qu’en 1939 on compte 16 763 000 Juifs dans le monde dont 10 000 000 en Europe, 1945 en dénombrera 6 000 000 de moins, car en 1941, Hitler et toute l’Allemagne nazie opte pour ce qu’il appellera la « solution finale », un plan d’extermination globale qui décimera le tiers de la population juive dont près de deux millions d’enfants de moins de 14 ans. (Chouraqui, p.100)

Ce massacre a marqué grandement l’histoire humaine ainsi que les familles juives. Cependant, il ne semble pas outre mesure avoir eu d’influence sur la théologie juive, déjà habituée aux persécutions. Tout au plus peut-il avoir contribué à renforcer l’identité juive et augmenté le goût de se retrouver dans un pays à soi.

En 1947, le 29 novembre, l’Organisation des Nations Unies vote le partage de la Palestine entre juifs et palestiniens. C’est la création de l’État d’Israël, concrétisée par la proclamation de l’État par le premier gouvernement provisoire le 15 mai 1948.

Du côté chrétien, on s’est scandalisé du massacre nazi mais il a fallu attendre en 1959 avant que l’Église n’enlève de la prière universelle du vendredi saint l’expression «pour les Juifs perfides». Les prises de conscience sont longues à réaliser.

9. Le deuxième retour.

De nos jours, l’État d’Israël existe bel et bien mais n’est pas au bout de ses peines.

D’abord, curieux revirement de situation, les musulmans sont plus intolérants envers Israël qu’ils ne l’ont jamais été au cours de l’histoire. Plusieurs d’entre eux voudraient tout simplement voir disparaître l’État d’Israël. Et bien que les pays occidentaux tentent toutes sortes de manoeuvres pour susciter la paix au Moyen-Orient, ces tentatives semblent parfois vouées à l’échec.

On ne peut pas identifier un facteur principal vis-à-vis cette guerre constante entre les pays arabes (qui ne sont d’ailleurs pas tous musulmans) et les Juifs d’Israël. C’est plutôt un ensemble de facteurs dont l’analyse conviendrait mieux à un cours de Politique qu’un cours de Sciences de la religion. Disons simplement que rien n’est simple et qu’il est bien possible qu’on doive encore attendre longtemps avant de voir une paix durable s’installer dans cette région du monde.

Pour beaucoup de Juifs d’aujourd’hui (mais pas pour tous), la restauration de l’État d’Israël est le deuxième retour, celui qui marque définitivement la fin de la diaspora et le début de l’ère messianique. L’État d’Israël est donc définitif et n’est pas appelé à disparaître. Il est peut-être même appelé à l’expansion, tant du territoire que de l’autorité, ce qui n’est pas sans poser des difficultés pour résoudre un certain nombre de problèmes, dont le problème palestinien.

On peut cependant contester facilement cette vision de la fin de la diaspora, simplement en prenant conscience que sur environ 12 M. A 14 M. de Juifs dans le monde, seulement 3,5 M. sont citoyens israéliens!

10. Répartition des juifs dans le monde aujourd’hui.

Du point de vue géographique, la répartition des Juifs dans le monde pourrait donner les chiffres suivants:

En Europe: 4 500 000

dont: France: 550 000
Grande Bretagne: 450 000
Russie: 3 000 000
En amérique du Nord: 6 500 000

En amérique latine: 600 000

dont: Argentine: 350 000
En Asie et en Océanie: 4 600 000

dont: Israël: 3 500 000
En Afrique: 150 000

dont: Afrique du sud: 120 000
Maroc: 20 000
Selon plusieurs démographes, ces chiffres pourraient considérablement baisser au cours des prochaines années car les juifs tendent de plus en plus à s’assimiler au mode de vie occidental, le taux de natalité tombant très bas. Ainsi, selon Lindenberg, les États-Unis pourraient voir passer leur population juive de six à trois millions d’ici cinquante ans.

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Les doctrines

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L’ensemble des doctrines juives découlent de la Révélation. Pour les juifs, cette révélation est contenue dans des livres, considérés comme sacrés.

1. Les livres sacrés

Au départ, nous l’avons déjà mentionné, la révélation a été donnée à Moïse au mont Sinaï. Moïse l’a consignée par écrit dans les cinq premiers livres de la Bible, le Pentateuque, qui contient l’ensemble de ce qu’il faut faire et croire. Ce Pentateuque est la Loi, la Torah. Plus tard, d’autres écrits s’ajouteront à ce Pentateuque pour former la Bible.

Mais à côté de cette Révélation écrite, les Hébreux prendront pour acquis qu’il existe aussi une révélation orale: La Michna, commentaire de la Torah et la Guémara, commentaire du commentaire. Un fois mise par écrit, on nommera Talmud cet ensemble de la révélation orale.

Il existe aussi une pensée plus mystique, plus ésotérique dans le judaïsme, pensée formulée dans la Kabbale, dont les deux ouvrages les plus importants sont le Sefer Yetsira, le Livre de la Création et le Zohar, le Livre de la Splendeur.

1.1 La Bible

Ce que les chrétiens nomment la Bible n’est pas tout à fait la même chose que pour les Juifs. La Bible renferme deux grandes sections: l’Ancien Testament et le Nouveau Testament. Chacune des sections contient plusieurs livres eux-mêmes subdivisés en chapitres et en versets. L’Ancien Testament est écrit en hébreu. Cet original hébreu est considéré par toutes les Églises chrétiennes et juive comme inspiré de Dieu, c’est à dire que les croyants tant protestants que catholiques ou juifs considèrent ces livres comme la Parole de Dieu.

On trouve aussi quelques livres écrits par les communautés grecques juives. Ces livres sont écrits en grec. On appelle couramment ces livres deutérocanoniques ou apocryphes. L’Église catholique reconnaît aussi comme inspirés ces deutérocanoniques alors que les Églises protestantes ne reconnaissent que les livres ayant été écrits en hébreu. Le judaïsme quant à lui ne reconnaît pas non plus ces livres et, en fait, c’est le judaïsme qui le premier a déterminé cela. La différence entre les deux listes (appelées aussi canons) remonte loin. Après la ruine de Jérusalem, en 70 après Jésus-Christ, des savants juifs voulant préserver la religion juive, se réunirent à Jamnia et rejetèrent les écrits grecs pour ne conserver que les écrits hébreux. Beaucoup d’historiens voient dans cette décision une réaction au fait que certains groupes chrétiens utilisaient déjà les écrits grecs.

Les livres deutérocanoniques sont:

le livre de Baruch,
la partie grecque du livre de Daniel,
la partie grecque du livre d’Esther,
le livre de Judith,
la lettre de Jérémie,
1 et 2 Maccabées,
le livre de la Sagesse,
le Siracide,
le livre de Tobit.
On ne trouve donc pas ces livres dans les Bibles juives. D’ailleurs, dans le judaïsme, on ne dit pas « la Bible ». On parle plutôt de la TANAKH.

Ce mot n’existe pas en fait. Il est, lié pas des « a », les trois premières lettres de chacune des parties de la Bible juive: T, N, K.

Le « T » est la première lettre du mot Torah. C’est la première partie de la Bible et certainement la plus importante pour le judaïsme. La Torah, c’est le Pentateuque, c’est-à-dire les cinq premiers livres de la Bible: Genèse, Exode, Lévitique, Nombres et Deutéronome. La rédaction de ces cinq livres est traditionnellement attribuée à Moïse qui les aurait reçus en révélation au mont Sinaï. Ils constituent la LOI, c’est-à-dire ce que Dieu attend que nous fassions.

Le « N » est la première lettre du mot Neviim qui signifie prophètes. Les livres couvrant cette appellation sont principalement: Josué, Juges, Samuel, Rois, Isaïe, Jérémie, Ézéchiel.

Le « K » est la première lettre du mot Ketouvim qui signifie écrits sacrés et qui couvre tous les autres écrits de la Bible sauf, bien sûr, les écrits grecs et le Nouveau Testament.

La Torah est par ailleurs universelle. Pour les Juifs, la Torah n’est pas spécifique au peuple juif non plus que sujette à des adaptations culturelles. Elle a d’ailleurs été donnée dans le désert, en dehors de toute civilisation pour bien marquer son indépendance des contingences culturelles. C’est à l’homme de changer.

Selon la tradition juive, Dieu exposa la Torah en 70 langues afin de l’enseigner à toutes les nations. Toutefois, seul Israël accepta intégralement le « joug du royaume des cieux » en s’écriant: »Nous exécuterons tes préceptes et nous comprendrons ensuite. » (Szlakmann, p.54)

Il conviendrait peut-être ici de nous attarder une peu plus longuement sur cette dimension. Il faut comprendre en effet que l’ensemble de l’histoire est constitué de trois parties distinctes. Dans un premier temps (création), Dieu a créé l’univers à partir du néant. Dans cette création, il a fait l’humain, bon, mais doué du libre arbitre. Il est donc libre mais, historiquement, il a choisi la faute et Dieu l’a expulsé du paradis terrestre. Dès lors, le bien et le mal se sont trouvés tellement emmêlés qu’il ne sait plus ce qui est bien et ce qui est mal. Il n’est plus capable par lui-même de définir le bien car ce qui est mal peut apparaître comme bien. Dieu a donc donné à l’humain la Torah qui peut et doit lui servir de guide. C’est le deuxième temps de l’histoire, la Révélation. Dès lors, l’être humain peut, toujours grâce à son libre-arbitre, choisir de se perfectionner lui-même. Il peut aussi choisir la faute. Cependant, il est toujours possible, grâce au repentir (techouva) de se racheter soi-même sans l’aide d’un sauveur comme dans le christianisme. Dieu est donc perçu comme un Dieu agissant continuellement dans l’histoire afin de permettre à l’humain de se perfectionner, de parachever la création et de l’accepter à la fin comme Dieu au terme de cette histoire (Rédemption). Ce parachèvement se fait essentiellement par l’action, en pratiquant la vertu et la justice. C’est aussi la troisième partie de l’histoire.

Le mot même de Torah signifie deux choses. La Torah est un enseignement de ce qu’est le monde, l’être humain et l’histoire. Elle est aussi une direction que l’on doit suivre pour être en accord avec Dieu. C’est l’ »exposé détaillé des principes qui doivent guider l’homme dans ses rapports avec son prochain et avec Dieu. » (Szlakmann, p.52)

Il n’y a donc aucune raison pour que la Torah change selon le contexte culturel ou le type d’individus. Un humain reste un humain et le bien reste le bien. D’ailleurs une partie du rôle d’Israël dans l’histoire sera de manifester cela aux humains. Nous le verrons plus loin, le messianisme juif vise essentiellement à ramener à Dieu tous les peuples qui le reconnaîtront et accepteront sa Torah.

Cette Torah est souvent chez les chrétiens confondue avec les 10 commandements que Moïse reçut au mont Sinaï et qui sont décrits au chapitre 20 du livre de l’Exode (Ex 20).

En fait, la Torah pour les juifs est beaucoup plus que cela. La Torah « comprend la doctrine et la pratique, la religion et la morale. Elle régit tous les aspects de la vie: les rapports de l’être humain avec Dieu, ceux de l’être humain avec son prochain, et ceux de l’être humain avec lui-même. » (Benaïm Ouaknine, p.27) La Torah est donc indissociable de sa mise en pratique par la morale et c’est donc avec justesse que le Judaïsme a été qualifié de « monothéisme éthique ».

La Torah comprend donc 613 commandements (mitsvot, mitsva au singulier) auxquels l’être humain doit se soumettre.

1.2 Le Talmud

Il serait sans doute utile ici de revenir un peu sur l’histoire de la formation du Talmud.

Bien avant que ne soit formé le Talmud, la Torah était commentée, enseignée et étudiée dans les synagogues. Le Midrash signifie enseignement et étude. Ces commentaires, les Midrash, se transmettaient oralement et il était couramment admis qu’ils étaient inspirés par Dieu et avaient été reçus par Moïse comme le reste au mont Sinaï. Ainsi, à côté de la Torah écrite, existait une Torah orale. Après la chute de Jérusalem en 70, il devint nécessaire de consigner cet enseignement par écrit car le patrimoine juif menaçait de se perdre avec la Diaspora. Par écrit, ces commentaires prirent le nom de Michna, mot hébreu qui signifie répétition et qui indique bien de quelle manière l’enseignement était fait (par répétition des commentaires de la Torah).

La Michna fut aussi sujet à des commentaires qui furent mis par écrits: l’ensemble de ces commentaires furent appelés Guémara qui signifie achèvement, conclusion.

Le Talmud est en fait l’ensemble de la Michna et de la Guémara.

Selon Benaïm Ouaknine (p.30),

« le Talmud est construit selon deux axes principaux:

– l’un régit la vie quotidienne, sans s’occuper de la philosophie, c’est la Halakha, guide de conduite de la pratique religieuse de type juridique. Elle était réservée à l’élite intellectuelle;

– l’autre, l’Agada, plus accessible au peuple, est composé de récits légendaires, de fables, de réflexions morales, de maximes pour éveiller les qualités du coeur et de l’esprit. »

Mais le Talmud ne peut être compréhensible sans un effort d’interprétation et de systématisation qu’ont fait les docteurs de la Loi, les rabbins, les érudits du 7e au 9e siècle. Ce sont eux qui ont fixé clairement par leur enseignement la façon de suivre la Loi, à la lumière du Talmud. Cela correspond à une phase du développement de la pensée qui a été nommée rabbinisme.

1.3 La Cabale (Kabbale)

À côté de tout cela, présente même dans le Talmud, existe une vision plus mystique ou ésotérique de Dieu et du monde. Cette vision, ne se développera pourtant qu’au Moyen-Âge, notamment avec la montée d’un courant important que nous détaillerons plus bas: le Hassidisme.

Le mot Kabbale signifie « tradition ». Cette « tradition » aborde essentiellement les mystères de Dieu.

Et comme toutes les mystiques, la mystique juive parle d’un ordre surnaturel du monde; elle a en plus un aspect messianique. Toute la création aspire à la rédemption, et puisque le mal est entré dans le monde, elle vise à la restauration de l’harmonie par laquelle tout l’univers sera sauvé à la venue du Messie. (Benaïm Ouaknine, p.35)

La Kabbale n’est pas un livre au sens strict. C’est plutôt un ensemble d’ouvrages mystiques réunis. Les deux plus importants sont le Sefer Yetsira (Livre de la création) et le Zohar (Livre de la Splendeur).

Le principe général de la Kabbale est, comme dans tout le Judaïsme, que l’homme est appelé à travailler avec Dieu à la restauration du monde. Il a donc le pouvoir de transformer ce monde, d’agir sur l’histoire. Son originalité par rapport au reste du Judaïsme est que la Kabbale prétend révéler le secret de la façon dont on doit coopérer avec Dieu dans cette tâche et par conséquent elle permet à l’humain d’être plus efficace.

Il est strictement impossible dans un si court espace de donner une idée claire du contenu de la Kabbale. De célèbres auteurs dans des ouvrages plus substantiels y ont déjà renoncé (Epstein p.212). Nous nous contenterons d’expliquer légèrement ce qui, parmi les idées centrales de cette mystique juive, est le plus souvent cité.

Toute la création vient à l’origine de Dieu, mais d’une manière un peu mystérieuse et originale. Au Psaume 33,6 on peut lire: « Les cieux ont été faits par la Parole de l’Éternel, et toute leur armée par le souffle de sa bouche. » Selon Epstein (p.216),

Le Sefer Yetzirah enseigne que cette Parole a compris toutes les lettres de l’alphabet hébreu qui, combinées de diverses façons, donne la langue sacrée (l’hébreu), langue de la création, de même que la série de nombres de un à dix permet toutes les combinaisons possibles du calcul, jusqu’à l’infini. Langue et nombre, conjoints, sont donc les instruments par lesquels Dieu a appelé à l’être l’univers dans toute sa variété infinie de combinaisons et de manifestations.

L’idée, en fait, est qu’au départ existait des entités célestes non matérielles constituant ce par quoi Dieu créa le monde. Le Sefer Yetzirah l’affirme dès la première phrase: « Par trente-deux voies mystérieuses, le Seigneur… grava et établit Son nom et créa Son monde. » Ces trente deux voies sont les lettres et les nombres, l’alphabet hébreu ne comptant que vingt-deux lettres.

Les nombres sont appelés Sephirot. L’interprétation la plus probable est que les nombres sont en fait les symboles des rayons de lumière émanant du trône divin et comprenant (1) l’air et l’esprit, (2) l’eau, (3) le feu, (4) le nord, (5) le sud, (6) l’est, (7) l’ouest, (8) la hauteur, (9) la profondeur, (10) l’Esprit de Dieu. L’ensemble de ces Sephiroth est éternel.

Les lettres quant à elles sont classées en trois groupes représentés par trois d’entre elles: (1) aleph la douce représentant aussi la première Sephirah l’air, (2) mem la muette représentant aussi la deuxième Sephirah l’eau où on ne peut parler (ex: les poissons) et (3) shin la sifflante représentant aussi la troisième Sephirah le feu qui siffle.

Epstein explique ainsi la création à partir de ces notions:

Au commencement, ces trois entités n’avaient qu’une existence non-matérielle; rattachées aux lettres, elles reçurent un substrat matériel qui rendit la création possible quand l’espace infini représenté par les six autres Sephiroth eut été produit.

Le Zohar propose quant à lui une interprétation un peu différente. Au départ, Dieu était incompréhensible et insaisissable. Pour devenir compréhensible et saisissable, Dieu a émis dix rayons de lumière. Ces dix rayons sont les Sephiroth et sont classés essentiellement en trois groupes. Nous citerons ici un large extrait d’Epstein (pp.222-226) qui est nécessaire à la compréhension de la vision de la création du Zohar.

Ces dix « rayons de lumière » successifs sont les Sefiroth, appelées aussi «degrés», et qui, dans le Zohar comme dans le Traité de l’Émanation et les ouvrages d’Azriel, sont des qualités et des agents de Dieu. Cette idée en elle-même se trouve déjà dans le Talmud qui parle de « dix agents par lesquels Dieu a créé le monde, à savoir: la sagesse, l’intelligence, la connaissance, la force, la puissance, l’inexorabilité, la droiture, la justice, l’amour et la bonté ». Mais dans le Zohar, les noms varient quelque peu, et, en tant que Sefiroth, sont classés selon un schéma défini. Les Sefiroth sont divisées en trois groupes. Le premier est une triade constituant le monde en tant que manifestation de la Pensée divine. La première Sefirah est appelée Kether (couronne), et représente le même stade primaire de la création par Dieu que la Volonté chez Gabirol. Le Kether donna naissance à deux Sefiroth parallèles, Chochmah (pron. à peu près rormâh; Sagesse) et Binah (Intelligence). Ces deux Sefiroth introduisent le principe dualiste qui, selon la Kabbale, pénètre tout l’univers et que l’on désigne par les notions de masculinité et de féminité. Si l’on applique ce principe à la première triade, la Chochmah est le père, le principe masculin, actif, car elle contient le plan de l’univers dans toute son infinie variété de formes et de mouvements. Quant à la Binah, elle est la mère, le principe passif et réceptif, celui de l’individuation et de la différenciation. Ce qui auparavant était enfermé et non-différencié dans la Chochmah est développé et différencié quand elle s’unit à la Binah. De leur union procède Daath (la Connaissance), qui pourtant, pour une raison quelconque, n’est pas considérée comme étant une Sefirah à part.

Émanant de la première triade, qui représente Dieu en tant que pensée immanente de l’univers, la seconde l’interprète comme morale immanente.

Ici encore, nous avons l’application de deux principes opposés, l’un masculin, l’autre féminin. Le premier est Chesed (pron.: rèssèd; Amour), principe dispensateur de vie, le second Geburah (Puissance), qui défend la justice et réfrène ce qui serait un excès d’amour. De leur union naît Tifereth (Beauté), parfois appelée Rachamin (Bonté), car, comme le souligne déjà le Talmud, seule la combinaison de l’amour et de la justice assure l’ordre moral de l’univers.

La troisième triade représente l’univers physique sous tous ses aspects et dans la multiplicité et variété de ses forces, changements et mouvements. Dans cette triade, le principe masculin est appelé Netzach (Victoire), c’est la ténacité de Dieu. Hod (Majesté) est le principe féminin et passif, tandis que le troisième, Yesod (Fondement), indique la stabilité de l’univers, effet de l’union des deux premiers.

La dixième et dernière Sefirah est appelée Malkhut (Royaume) et représente l’harmonie de toutes les Sefiroth; c’est la Présence de Dieu dans l’univers. Cette Sefirah est aussi appelée Schekhinah (Immanence), mais, alors que ce terme fait allusion au fait de la Présence divine partout dans le monde (immanence), l’autre désigne la manifestation spéciale de Dieu dans les vies d’individus ou de communautés, aussi bien que dans les lieux sacrés.

Les Sefiroth sont dessinées dans leur ordre sous l’aspect d’un homme, Adam Kadmon (l’Homme primitif), les qualités actives occupant le coté droit, et les qualités passives le coté gauche; les produits de l’union de chaque couple de Sefiroth sont disposés le long de la colonne vertébrale. Dominant le tout, la tête est le Kether (Couronne), tandis que la Malkhut (Royaume) est située aux pieds.

Le domaine des Sefiroth est le monde d’Atziluth (Émanation). Mais leur influence s’étend aux trois autres mondes, où commence leur activité réelle.

Quoiqu’au nombre de dix, les Sefiroth ont des rapports entre elles et forment une unité. De plus, chacune participe aux qualités des autres et elles ne sont différenciées que par la prédominance d’une qualité particulière qui donne àchacune son nom. C’est ainsi que, dans toutes leurs ramifications, les quatre mondes forment une grande unité que le En Sof, source première d’eux tous, traverse et transcende, le En Sof et tous les domaines où Il se manifeste étant unis ensemble « comme la flamme et le charbon ».

Cette union des Sefiroth et des mondes les uns avec les autres signifie que tous subissent des influences communes; ou, en d’autres termes, que l’activité qui affecte l’un ne peut manquer d’affecter tous les autres. Le moyen de transport de ces influences d’une Sefirah à l’autre est appelé zinor (tuyau). Le principe général des influences exercées par les Sefiroth les unes sur les autres et sur ce monde a été exprimé par le Zohar en ces mots: « Par une activité ici-bas est stimulée une activité correspondant en Haut; voyez: une brume monte de la terre, alors un nuage se forme, l’un rejoignant l’autre pour former un tout » (Zohar sur Gn. 2,6).

Cette affirmation est d’une importance énorme dans la doctrine de la Kabbale touchant la conduite humaine. A l’origine, l’unité entre Dieu et Sa manifestation finale dans le monde de l’existence humaine ou, pour Parler comme la Kabbale, entre le En Sof et le Shekhinah était harmonieuse et totale. Rien ne troublait les relations étroites de Dieu avec le monde par Lui créé, ni ne s’opposait à la perpétuelle dispensation de Son amour aux fils de l’homme. Mais par sa peccabilité, qui commence avec la désobéissance d’Adam, l’homme s’est séparé de la source première: Dieu. Immédiatement, l’unité parfaite a été rompue. Cette rupture de l’unité a entraîné ipso facto l’apparition du mal dans l’univers. Alors l’harmonie de la création fit place à la discorde et l’ordre du monde se changea en désordre. Depuis, il est dit que la Shekhinah est en exil. Au lieu de pénétrer tout l’univers de sa présence directement bénéfique, elle ne se trouve plus que çà et là dans des communautés ou individus isolés ou dans des lieux particuliers, tandis que le reste du monde est arraché aux bénédictions de la Shekhinah. Il en résulte que le flot de l’Amour divin tarit et que la sévérité du jugement se mit à prévaloir.

Réunir la Shekhinah au En Sof, donc restaurer l’unité originelle détruite et par là renouveler le flot de l’Amour divin, telle est la fin pour laquelle l’homme a été créé dans le monde (II, 161 b). Et cette tâche n’est pas hors du pouvoir de l’homme. L’homme, enseigne le Zohar, est un résumé du cosmos. En lui se rencontrent le «monde supérieur» et le «monde inférieur». Son corps est une copie de l’Adam Kadmon qui, comme nous l’avons vu, représente le monde des Sefiroth dans leur totalité et leur unité.

Or il en est de l’âme humaine comme du corps humain. En elle aussi est reproduite « une copie de ce qui est en haut dans le monde céleste » (II, 142a). Selon le Zohar, l’âme comprend trois éléments: la Neshamah (surâme), partie la plus sublime et divine de l’homme, qui correspond à la première des trois triades de Sefiroth, représentant le monde des Idées; la Ruach (esprit), siège des qualités morales, qui correspond à la seconde des trois triades, représentant le monde moral; et la nefesh (souffle vital), directement rattachée à la vie physique, qui correspond à la troisième triade, représentant le monde matériel. Ces trois éléments de l’âme sont préexistants dans le monde de l’Émanation, chacun ayant sa source dans l’une des Sefiroth de sa triade; travaillant dans le même sens, ils rendent l’homme capable d’accomplir les divers devoirs de son existence. Tout ceci veut dire que le pouvoir des Sefiroth est présent et actif en l’homme, le rattachant, de corps et d’âme, aux Sefiroth, lui donnant le pouvoir d’agir sur elles et, à travers elles, pour le bien ou pour le mal, sur tout l’ordre de la création.

La restauration de l’unité, que la Kabbale appelle Yichud, est une oeuvre constante à quoi chacun est invité à participer; elle est réalisée par la communion avec Dieu et par le perfectionnement moral. Mais la plus grande contribution à ce résultat doit être faite collectivement par le Peuple d’Israël. Telle est la mission dont le charge son élection. Par cet acte, la Shekhinah s’est attachée à Israël et a conclu avec lui une alliance qui est devenue la plus intime des relations lors de la construction du Temple. Depuis sa destruction, les relations de la Shekhinah avec Israël ne sont pas sans difficultés et les bénédictions qui viennent de ces relations sont moins constantes et efficaces. Pourtant jamais la Shekhinah n’a abandonné Israël. Elle l’accompagne en exil, l’entourant de l’amour et des soins dont un père ou une mère entourerait un fils; à la venue du Messie, quand Israël sera rétabli en sécurité dans sa Terre sainte et que le Temple se dressera à sa place ancienne et sacrée, la Shekhinah retrouvera son intensité première et sera réunie à Dieu, et toutes choses seront restaurées à la place qu’elles occupaient dans le plan originel de la création. Alors il y aura plénitude en haut et plénitude ici-bas, et le monde entier sera uni comme il est écrit (Zach. 14,9): « En ce jour, l’Éternel sera Un et Son nom sera Un » (III, 260 b).

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2. Contenu doctrinal du Judaïsme

Nous l’avons vu, le Judaïsme ne peut pas séparer doctrine et pratique. Bien plus, c’est à travers la pratique que le Judaïsme est véritablement vivant et qu’on le comprend. Il faudra donc faire ici un exposé minimum des doctrines, laissant à la section sur les pratiques le soin d’éclairer la façon dont les croyances principales s’incarnent dans la vie de tous les jours.

…il est malaisé de séparer dans la tradition juive ce qui est « doctrine » et ce qui est « pratique », culte ou morale. Avant d’être une foi portant sur un contenu dogmatique, la foi d’Israël est une fidélité à une élection, à une Alliance, à une Loi, et une obéissance à l’appel et aux commandements de Dieu.(Démann, p.51)

Au cours de notre exposé sur l’histoire du Judaïsme et sur les livres sacrés, nous avons déjà appris un certain nombre de choses. Nous les reprendrons ici systématiquement en y ajoutant au besoin des éléments doctrinaux qui apparaissent essentiels.

1.- Dieu est unique. Même l’affirmation chrétienne de la Trinité de Dieu trahit, pour les juifs, le message révélé. Le shema l’illustre d’ailleurs très bien (Dt 6,4). Il est différent de la nature qu’Il a créée entièrement. Dieu n’est pas une puissance obscure mais un être agissant continuellement dans l’histoire humaine.

Il faudrait ajouter ici quelques éléments pour mieux comprendre la nature de Dieu. Au départ, le Dieu d’Israël n’est pas un Dieu limité à Israël. Il est le Dieu de tout l’univers et de tous les humains. Sa relation historique avec Israël ne l’empêche pas d’être le Dieu de tous, au contraire. Nous verrons plus loin qu’Israël aura d’ailleurs pour tâche de proclamer ce Dieu aux nations. Mais le Dieu d’Israël est un Dieu qui dépasse toutes choses. L’univers entier lui est soumis et il est en droit d’être le seul à recevoir honneur et gloire. En ce sens, Dieu est transcendant. Mais la relation privilégiée d’Israël avec son Dieu a amené le peuple à découvrir au delà de cette effrayante transcendance, un Dieu aimant, gratuitement, des êtres qui sont constamment indignes de Lui. En agissant dans l’histoire, Dieu montre sa tendresse et son amour envers les humains. Il est près d’eux, comme un père doit l’être de ses enfants. Et à travers cette relation historique privilégiée, le peuple d’Israël a découvert l’immanence de Dieu, par les liens intimes qu’il a entretenu avec son peuple.

En même temps que le sens de la transcendance, a grandi en Israël le sentiment de la proximité de Dieu, de l’intimité avec Lui, d’une familiarité profondément religieuse. Nombre de Psaumes exprimaient déjà cette composante de la révélation biblique et l’ont imprimée profondément dans l’âme juive. De même, déjà dans les confidences dont Dieu charge ses porte-parole, un Osée, un Isaïe, un Jérémie, on devine une immense tendresse pour ses enfants et en particulier pour son peuple. La bonté et la miséricorde apparaissent, dans bien des textes bibliques, comme le dernier mot de la manifestation de Dieu. Ainsi la frayeur primitive – qui, en elle-même, n’excluait pas la familiarité, comme nous le voyons par exemple chez Abraham – se transforme de plus en plus en crainte filiale. Dieu se révèle de plus en plus comme un Père à l’égard de son peuple, mais aussi à l’égard de chacun de ses fidèles et envers tous les hommes. On ne loue pas seulement sa Majesté sacrée et sa Puissance redoutable, mais également et plus encore le Dieu « miséricordieux et compatissant, lent à la colère, riche en bonté et en fidélité » (Ex 34, 6 ss). (Démann pp.56-57)

Nous voyons ainsi mieux pour quelle raison nous répétons depuis le début de cet ouvrage que le Judaïsme est un monothéisme éthique. Il est en fait la réponse de l’humain à l’appel de Dieu. Il est la réponse d’un peuple à la manifestation de Dieu dans l’histoire, à l’élection du peuple d’Israël. Et en tant que réponse, il devra se traduire par des actes.

Ce Dieu n’a pas agi dans l’histoire un jour il y a longtemps. Il agit constamment dans l’histoire. Ses interventions sont essentiellement guidées par sa justice. Elles ont un sens moral (Szlakmann, p.38). Dieu punit ou récompense l’humain pour ses actions.

2.- Dieu a créé l’être humain à son image. Doté du libre-arbitre, l’être humain a fait entrer le mal dans le monde.

Le Judaïsme insiste énormément sur cette liberté fondamentale et radicale de l’être humain qui contraste énormément avec la doctrine du péché originel du christianisme. Dans le Judaïsme, l’être humain n’a pas cette impossibilité radicale de faire le bien sans le secours de la grâce de Dieu. Dieu l’a doté de tout ce qu’il lui fallait pour faire le bien et, bien que le mal soit entré dans le monde par la faute d’Adam, l’humain n’a pas perdu cette capacité de faire le bien. La seule différence, c’est qu’il doit lutter contre une tendance à faire le mal qui coexiste en lui avec la tendance à faire le bien. Il peut toutefois choisir le bien par ses propres forces.

Selon Szlakmann, le Judaïsme prône que l’humain présente un double aspect. D’une part il est constitué de matière et cela fait qu’il est poussé par ce qu’il appelle l’instinct du mal. D’autre part, il a été créé à l’image de Dieu, ce qui veut dire que Dieu a mis en lui une âme qui le pousse à rechercher le bien et le juste. C’est ce que l’on appelle la conscience morale et que le Judaïsme nomme l’instinct du bien.

« …par souci d’une éducation rigoureuse du sens moral et par réaction contre la conception chrétienne de la grâce et contre le fatalisme musulman, les penseurs et les docteurs du judaïsme on été amenés à insister très fort, et parfois très exclusivement, sur la liberté de choix totale de l’homme placé devant la vie et devant la mort, devant le bien et le mal. Ils reconnaissent, certes, dans l’homme un mauvais penchant à côté d’un bon penchant, mais maintiennent fermement que, malgré tous les déterminismes qui enserrent la vie de l’homme, celui-ci, avec les lumières de la Loi et de sa conscience, et avec une aide d’en haut qui laisse sa liberté intacte, peut toujours choisir le bien. Selon une sentence talmudique, «à sa naissance, Dieu décide si l’homme sera faible ou fort, sage ou sot, riche ou pauvre, mais non s’il sera juste ou méchant.» Toute la vie juive ayant pris la forme d’une observance salutaire, en dehors de laquelle il n’y a que transgression coupable, on comprend cette insistance sur la liberté et la responsabilité de l’homme. » (Démann, p.74)

3.- Dieu a fait Alliance avec l’humain afin qu’il ne se perde pas et il lui a donné la Torah afin qu’il se perfectionne et se sauve lui-même. L’ensemble des préceptes viennent de Dieu et ont été révélé à Moïse au mont Sinaï. Seul le peuple d’Israël a entendu la voix de Dieu et désormais Israël a une mission dans le monde: celle de témoigner de Dieu par la mise en pratique de la Torah qui est universelle (pour tous les peuples, de toutes les époques).

Nous avons vu plus haut que l’être humain, par son âme, aspire au bien. Cependant, même s’il aspire au bien de toutes ses forces, il ne sait pas ce qui est bien. C’est précisément ici que s’insère la révélation. C’est non seulement Dieu qui détermine dans sa justice ce qui est bien mais c’est aussi Lui qui l’a enseigné aux humains dans la Torah. Il est donc fondamental que tout juif l’étudie. D’ailleurs cette étude occupe une place essentielle dans la vie juive. Démann commente d’ailleurs cette assertion avec éloquence:

« Le prix qu’on attache dans le judaïsme traditionnel à l’étude de la Torah, qui est un devoir pour tout israélite, constitue un hommage significatif a la Loi, à sa place centrale dans la vie juive. […] En dépit des dangers d’étroitesse et de formalisme qui guettent toute tradition d’école et toute spécialisation trop poussée, dans l’ensemble cette vaste entreprise d’étude a su garder l’esprit de la religion de la Torah et n’a pas perdu de vue ce qui était son but: non pas une connaissance théorique de la Torah, mais un accomplissement plus exact, plus fidèle, plus parfait de ses prescriptions, qui sont une voie qui mène à la vie, à la justice, à la sainteté. Même quand la discussion se fait le plus subtile … le but reste l’action, la pratique, l’application, l’observation de la Loi de Dieu. Dans un passage caractéristique du Talmud, on rapporte une discussion, à Lydda, sur la question: qu’est-ce qui importe davantage, l’étude ou la pratique? « Rabbi Tarfon répondit: c’est la pratique. Mais Rabbi Aqiba répliqua: c’est l’étude. Enfin tous se mirent d’accord: c’est l’étude qui est plus grande, car c’est l’étude qui mène à l’action. » On retrouve la même hiérarchie des buts dans cette prière du Rituel juif: « Notre Père, qui es un Père plein de miséricorde, aie pitié de nous et rends notre coeur apte à comprendre, à savoir et à écouter, à apprendre et à enseigner, à observer et à pratiquer avec amour toutes les paroles de ta Torah. » (Démann, pp.68-69)

On comprend ainsi pourquoi le Judaïsme est essentiellement l’obéissance à la Torah dont l’étude est un devoir non pas pour lui-même mais précisément parce qu’elle mène à la mise en pratique des préceptes, les mitsvot. L’humain, entièrement libre de ses actes, devra en répondre tôt ou tard à Dieu qui est toute vérité, toute justice et toute paix, les trois valeurs de base du Judaïsme.

Tout cela étant posé, il faut maintenant se demander ce qui arrive à la personne qui n’obéit pas à la Torah.

Pour bien comprendre cela, il faut revenir sur une notion que nous avons vue lors de notre présentation de la Kabbale, la notion de Shekhinah. Il faudra aussi compléter maintenant la notion d’Alliance.

Lorsque Dieu fait Alliance avec le peuple, l’enjeu pour les juifs est d’y rester fidèles, globalement, même si il est envisageable que des infidélités passagères viennent ternir cette Alliance. Cette fidélidé, nous l’avons vu, est essentiellement obéissance à la Torah. Ainsi sont posés deux éléments constitutifs de l’Alliance: le peuple et la Torah. Mais un troisième élément doit aussi entrer en ligne de compte pour bien comprendre le judaïsme, c’est la Terre Sainte. En effet, au coeur de la promesse de Dieu se situe le Terre promise que les juifs reçoivent en échange de cette fidélité. Cette Terre est celle de la Révélation. Cette Terre est celle où la gloire de Dieu, la Shekhinah, se manifeste en plénitude. La Terre Sainte fait donc également partie de l’Alliance et en est indissociable. Cela est tellement vrai que dans l’esprit des rabbins, lorsque les juifs habitent une terre étrangère, lorsqu’ils sont en exil, la Shekinah aussi est en exil. L’obéissance à la Loi ne peut donc pas être aussi parfaite qu’en Terre promise. Il en ressort que l’infidélité est toujours péché et jamais excusable mais qu’il faut s’attendre à plus d’infidélité en Exil qu’en Terre Sainte.

Le péché, qui est donc transgression de la Torah, a une conséquence importante pour tout le peuple. Celui-ci marque la rupture de l’Alliance et chasse la Shekhinah. Pour l’ensemble du peuple, il retarde la venue du règne de Dieu, et pour celui qui l’a commis, il entraîne inévitablement un châtiment de la part de Dieu. Souvent, cette sanction n’est pas immédiate, car Dieu espère toujours que le pécheur reviendra à Lui. Pour cela, il faut que l’humain se repente. Le repentir (Techouvah) n’est pas le regret. Car le regret n’est pas suffisant pour obtenir le pardon. Le Techouvah est bien sûr regret de sa faute mais aussi changement de comportement, rejoignant ainsi le coeur du judaïsme pour qui l’obéissance à la Loi est fondamentale. On aura beau regretter de toutes ses forces, si l’on ne change pas son comportement, on n’est pas pardonné.

Si l’on revient à Dieu, cela attire récompense et bénédiction. Si l’on s’obstine dans le péché, alors cela est très grave car on attire sur soi le jugement divin.

Après la mort, tout peut donc arriver, selon la vie qu’on a menée. Citons ici Epstein qui explique bien l’idée de rétribution développée par le Judaïsme. On notera au passage que d’une part les châtiements y sont moins sévères que dans le christianisme et que d’autre part le Judaïsme reste fidèle à sa conception d’universalité de la Loi en prévoyant cette rétribution autant pour les juifs que pour les non juifs.

Le Judaïsme enseigne qu’il y a une géhenne, qui est identifiée à la fosse en flammes dont il est question en Is 30, 33, et un lieu de bénédiction, le Gan Eden (Jardin des Délices), et c’est tout. Il est dit que les méchants, sauf cas exceptionnels, passent douze mois dans la géhenne, après quoi ils entrent au Gan Eden pour y goûter en compagnie des justes, selon le mot d’un rabbin, la splendeur de la Shekhinah (Présence divine) et la vie éternelle. Il ne s’agit pas d’une existence inactive. Commencée dans cette vie, la coopération avec Dieu pour Son dessein dépasse, dans la pensée juive, la vie terrestre. Même après que l’individu s’est dépouillé de son apparence périssable, son esprit immortel continue de progresser, accroissant le trésorde force morale qui avance la consommation du dessein éternel de Dieu. […] Le Gan Eden n’est d’ailleurs pas réservé au seul Israël. Dans la doctrine juive, une récompense attend dans l’Au-delà les pieux des nations du monde. Le Judaïsme fait dépendre le salut de la bonne conduite et, en conséquence, toutes les nations ont part aux bénédictions de la vie future. (Epstein, pp.134-135)

4.- Le Peuple d’Israël, bien que dispersé, verra un jour son peuple rassemblé en Terre Sainte et, en ces temps messianiques, l’humanité acceptera Dieu et atteindra la connaissance et l’amour de Dieu.

Nous avons dit plus haut que la Terre Sainte est indissociable de l’Alliance car elle est constituante de la promesse de Dieu. Sa possession est toutefois conditionnelle au respect de la Torah et toute désobéissance peut entraîner le rejet de la Terre. Ainsi, le Judaïsme attribue généralement à ses propres fautes son exil ainsi que les persécutions dont il fut l’objet. Cependant, cela n’excuse pas les persécuteurs qui auront un juste châtiment.

Mais le Judaïsme est animé également d’une espérance fondamentale: l’avènement du règne messianique. Le messianisme a été développé dès le 6e siècle avant Jésus-Christ par les prophètes et s’est affiné durant toute l’histoire juive. Cette attente est le coeur de la foi juive et c’est ce que nous tenterons de résumer bien schématiquement ici.

Un jour, l’ère messianique arrivera. En quoi consistera-t-elle? En fait, il s’agit de la conviction qu’un jour Dieu règnera sur Israël et, par Israël, sur le monde tout entier.

Un Messie viendra d’abord. Ce ne sera pas Dieu mais un homme issu de la lignée du roi David, choisi spécialement par Dieu et qui rétablira Israël sur sa Terre. Ce sera un retour (Techouvah) tant sur le plan matériel du retour en Terre promise que sur le plan spirituel de repentance. Sur cette terre, Israël pourra vivre en paix. D’ailleurs, à ce moment, aucune nation ne se battra plus. Ce sera l’avènement définitif de la paix universelle. L’humanité reviendra au végétarisme qui prévalait avant Noé, et l’humanité toute entière reconnaîtra en Dieu le vrai Dieu et acceptera sa souveraineté sur le monde. Le monde entier se réconciliera alors avec Israël et Jérusalem deviendra le centre spirituel mondial.

Cela s’accomplira en son heure et les spéculations sur la date de la venue des temps messianiques ne sont pas pertinents. Tout au plus peut-on affirmer que la droiture du peuple juif a le pouvoir de hâter ces temps comme son infidélité la retarde. On sait aussi que cela viendra après de nombreuses catastrophes, au cours du 7e millénaire. Or, selon le calendrier juif, nous sommes à la fin du 6e millénaire et c’est sans doute pourquoi plusieurs ont vu dans l’installation d’Israël sur son territoire un signe précurseur de cette ère. A ce moment, le monde continuera de fonctionner selon les lois naturelles qui prévalent aujourd’hui et tous vivront en paix. Après cela viendra la résurrection des morts.

En guise de conclusion, il faut citer Epstein qui résume tout cela dans un très beau texte:

Le Royaume de Dieu, dans sa conception terrestre et sociale, donne la clé de toutes les manifestations du Judaïsme et, en fait, la solution à l’énigme de l’existence du peuple juif. Les Juifs, on l’a dit, espèrent contre toute espérance. Aucun peuple n’a souffert plus que les Juifs de l’inhumanité de l’homme envers l’homme, et pourtant ils ont refusé de désespérer du monde ou de l’humanité, et n’ont jamais renoncé à croire à la regénération et perfection finales de l’homme. Cette croyance n’est pas le produit d’une époque récente, dû à un sentiment de déception et de désespoir cherchant le soulagement dans le vague espoir de jours meilleurs; c’est une véritable tradition historique, fondée sur la conviction que Dieu a choisi ce monde pour en faire le théâtre d’un ordre divin où la bonté et la vérité règneront sans restriction.

Pour le Judaïsme, le Royaume de Dieu sera inauguré par le Messie. Le Messie sera le personnage central d’une époque qui verra le règne de la justice sur la terre, justice qui apportera à tous la paix et une plénitude parfaite de ce qui est nécessaire pour mener une vie droite, mais sans enlever le besoin du sacrifice exigé par un idéal sans cesse élargi. Mais le Messie juif n’est pas un être surnaturel, pas plus qu’un être divin fondé à pardonner les péchés; il ne saurait a fortiori être confondu avec Dieu. Tout au plus est-il un mortel qui sera l’instrument de la pleine réhabilitation d’Israël à posséder son ancienne patrie et, par l’intermédiaire d’un Israël restauré, opérera la regénération morale et spirituelle de toute l’humanité, en rendant chaque homme propre à devenir citoyen du Royaume. Alors le règne du Seigneur sera universel. Comme le dit le prophète: « L’Éternel sera roi de toute la terre; en ce jour-là, l’Éternel sera le seul Éternel, et Son Nom sera le seul nom. » (Zach. 14,9); et, dans cette universalité d’une religion véritable, professée par tous les hommes et réalisée dans toutes leurs relations avec Dieu et avec leurs semblables, le dessein de Dieu trouvera son accomplissement sur la terre.

Le Royaume de Dieu sous sa forme messianique et terrestre ne fait que préparer la consommation du Royaume dans le monde à venir, qui sera au-dessus de l’histoire et au-dessus de la Nature, monde que, selon le mot d’un rabbin, « aucune oreille n’a entendu et aucun oeil n’a vu » (cf. Is. 64,3). À cet ordre de choses qui transcende la Nature et l’histoire sont associées les doctrines de la résurrection des morts et de l’universel Jugement Dernier, quand la fin de toutes les voies de Dieu sera manifestée et que la parfaite consommation de Son dessein sera accomplie. (Epstein, pp.131-132)

3. Les groupes différents

Pour que soit complète cette description des doctrines juives, il nous reste à voir quelques particularités d’ordre quasi géographique. En effet, tous les juifs ne sont pas semblables. Il arrive même que leurs références théologiques ne soient pas les mêmes. Cependant, pour l’essentiel, c’est-à-dire pour ce que nous venons de décrire comme le coeur de la foi juive, chaque tradition se retrouve. Nous n’entrerons d’ailleurs pas dans les délicates distinctions théologiques, nous contentant de préciser que chacun des groupes suit son propre rituel. Ces rituels, quoique différents se ressemblent aussi beaucoup.

Un premier groupe qu’il faut voir est ceux qu’on nomme les Ashkénakes ou Ashkenazim. Ce terme est le nom donné aux juifs originaires d’Europe orientale ou centrale, établis en Allemagne puis, par extension, aujourd’hui, tous les juifs d’Europe de l’est ainsi que ceux des États-Unis. Leur langue d’origine est le Yiddish.

Un deuxième groupe est ceux qu’on nomme Séfarades ou Sefardim. Ce sont des Juifs originaires d’Espagne et par conséquent très influencés par l’Islam. Après les conquêtes chrétiennes, ceux qui n’avaient pas été massacrés ou qui ne s’étaient pas convertis de force au christianisme s’établirent autour de la Méditerranée et dans le sud-ouest de la France. Au Québec la distinction entre les Séfarades et les Ashkénazes est généralement facile à faire: la plupart du temps les Séfarades sont francophones et les Ashkénazes sont anglophones. Il ne faut cependant pas prendre cela comme critère absolu de reconnaissance.

Bien qu’issus au Moyen-Âge de la tradition ashkénaze, les Hassidim (mot hébreu signifiant « les pieux ») ont très vite adopté le rituel sefardi. Historiquement, les Hassidim sont les ancêtres des Pharisiens. Dès le IIe siècle av. J.C., ils formèrent un parti pour préserver farouchement les coutumes et les particularités du judaïsme, afin de résister à l’hellénisation. Actifs dans plusieurs pays d’Europe centrale après la diaspora, ils se manifestèrent à nouveau au XVIIIe siècle, à l’occasion de la création du mouvement de la Kabbale, dirigé par le rabbin Israël Ben Eliezer ou Ball Chem Tov. Cette renaissance religieuse forme encore aujourd’hui le noyau de l’orthodoxie au sein de la diaspora. (Santoni)

Les Hassidim sont connus pour mettre l’accent sur la joie et le mysticisme dans le culte. Ils ont été à la source de la Kabbale. Ils sont facilement reconnaissables sur la rue, tous vêtus de noir, les homme portant la barbe et les papillottes de cheveux traditionnelles. Ils sont maintenant nombreux en amérique du Nord.

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Les pratiques

1 Organisation hiérarchique.

Nous l’avons dit et répété, chez les juifs, il n’y a pas de structure hiérarchique comme nous pouvons en rencontrer dans l’Église catholique. L’autorité est essentiellement celle de Dieu directement. Elle est donc présente dans la Torah. Qui donc décide d’une vérité de foi ou d’un comportement?

Personne à vrai dire. L’enseignement relève des rabbi qui sont des gens ayant étudié dans une Yeshiva (école rabbinique) et qui sont reconnus comme apte à expliquer et enseigner. Cependant, pour les Juifs, la Torah a été donnée à tout le peuple et non à un groupe de rabbi. Ils ne sont pas des prêtres au sens catholique du mot. Ce sont plutôt des enseignants.

Bien sûr, parmi les rabbi, certains se sont démarqués par leur insistance sur tel ou tel aspect ou leur interprétation parfois originale de la Torah. Ils ont alors fait école et des groupes entiers de Juifs ont suivi l’enseignement de tel rabbi plutôt que tel autre. Dans les temps d’autrefois, la fonction d’unification était remplie par le Sanhédrin. On voyait cette institution comme quelque chose ayant été fondé par Dieu au Sinaï. Cependant, depuis sa disparition lors de la seconde diaspora, on considère qu’il faudrait maintenant une intervention directe de Dieu pour le rétablir.

Il est donc possible de retrouver, selon les communautés, certaines variantes, même sur le plan des rituels, mais dans l’ensemble, les pratiques sont relativement constantes à travers tout le Judaïsme pour que l’on puisse les définir ici.

2 Pratiques de culte

Il est assez difficile de départager les pratiques d’ordre plus liturgique des pratiques relevant essentiellement d’une tradition ancrée. La plupart des fêtes revêtent un caractère traditionnel et liturgique, social et religieux. On peut regrouper l’ensemble de ces pratiques sous le nom de pratiques cultuelles, même si ce terme est parfois un peu inadéquat.

Il existe toutefois une constante dans l’ensemble de ces fêtes et pratiques. Toutes se réfèrent à l’histoire du peuple juif et veulent tantôt remémorer un événement passé où Dieu est intervenu directement, tantôt respecter des habitudes séculaires en lien avec les pratiques des Juifs du tout début de l’Alliance.

Il faut cependant noter que l’ensemble des fêtes n’est pas nécessairement célébré à la synagogue. Chez les juifs, chaque famille est un petit peuple en lui-même et le père de famille est apte à accomplir la plupart des rites liturgiques. Bon nombre de ces rites seront donc faits en famille, à la maison.

2.1 Pratiques collectives.

Parmi les pratiques que nous appellerons collectives, on retrouve les grandes fêtes. Des huit principales, cinq se retrouvent dans la Torah. Il s’agit de Pessah, Chavouot, Soukkoth, Roch Hachana et Yom Kippour. Les trois autres, Pourim, Hannoukah et Simhat-Torah, figurent dans la Bible, mais non directement dans la Torah. Les dates de ces fêtes sont difficiles à déterminer puisque le calendrier juif ne fonctionne pas comme le nôtre. De plus, les fêtes juives ont en général trois significations particulières: une première signification agricole coïncide avec leur origine, une deuxième fait référence à un fait de l’histoire interprété comme une intervention de Dieu et une troisième vient lui donner un sens plus religieux et plus métaphysique.

Pessah est la fête de la Pâque. Célébrée autour du mois d’avril, cette fête est la remémoration de la libération des Hébreux d’Égypte sous la conduite de Moïse. Elle « préfigure la libération de toutes les aliénations, celle qui caractérisera l’ère messianique. » (Santoni p.19) Dans un premier temps, quelques jours avant la fête, on procède au grand nettoyage de la maison. Ce ménage intense est aussi le symbole de l’élimination du mal. Lorsqu’arrive la fête, l’ensemble du rituel se déroule à la maison sous la présidence en quelque sorte du père de famille. Une nourriture spéciale dont des pains azymes et l’agneau pascal sont disposés sur la table. Le père lit le récit de la sortie d’Égypte. On mange le repas dans une vaisselle spéciale. Des chants tirés des psaumes et du Cantique des Cantiques sont aussi à l’honneur. La fête dure huit jours.

Chavouot est la fête de la Pentecôte aussi appelée fête des semaines. Célébrée autour du mois de mai, cette fête se situe toujours sept semaines après Pessah et « commémore la révélation du Sinaï au cours de laquelle Dieu a fait don de sa Loi, la Torah… » (Santoni, p.19) Chavouot est célébrée entre autres par une nuit au cours de laquelle on étudie la Torah au lieu de dormir. Cela illustre « la volonté du peuple juif de connaître les contenus de la tradition révélée. » (Santoni, p.19)

Soukkoth, célébrée autour d’octobre, est aussi appelé fête des Cabanes et commémore le fait que Dieu a protégé son peuple durant la traversée du désert. En principe, à ce moment, chaque famille s’installe dans une petite maison faite de feuillages (soukah) et pendant sept jours, les membres de la famille obéiront à la prescription de Lv 23, 33-43:

Le Seigneur dit à Moïse: Dis aux Israélites: le quinzième jour du septième mois, on célébrera la fête des Cabanes pendant sept jours, en l’honneur du Seigneur. Le premier jour, il y aura une sainte assemblée: vous ne ferez aucun travail servile. Durant sept jours, vous offrirez au Seigneur des sacrifices par le feu. Le huitième jour, vous aurez une sainte assemblée et vous offrirez au Seigneur des sacrifices par le feu. C’est une assemblée solennelle: vous ne ferez aucun travail servile.

Telles sont les solennités du Seigneur que vous annoncerez pour y avoir de saintes assemblées, pour offrir au Seigneur des sacrifices par le feu, des holocaustes, des oblations, des victimes et des libations, selon le rituel propre au jour fixé, sans parler des sabbats du Seigneur, de vos dons, de vos offrandes votives ou spontanées, que vous présenterez au Seigneur.

Le quinzième jour du septième mois, quand vous aurez récolté les produits de la terre, vous célébrerez une fête du Seigneur durant sept jours. Le premier jour sera jour de repos, de même que le huitième. Le premier jour, vous prendrez du fruit de beaux arbres, des palmes de dattiers, des rameaux d’arbres touffus et de saules de rivière; et vous vous réjouirez devant le Seigneur votre Dieu, sept jours durant. Chaque année, durant sept jours, vous célébrerez cette fête en l’honneur du Seigneur. C’est une loi perpétuelle pour vos descendants: vous la célébrerez le septième mois. Vous demeurerez durant sept jours sous des cabanes: tous les gens nés en Israël demeureront sous des cabanes, afin que vos descendants sachent que j’ai fait habiter les Israélites sous des cabanes quand je les ai retirés de l’Égypte. Je suis le Seigneur votre Dieu.

C’est ainsi que Moïse fit connaître aux Israélites les fêtes du Seigneur. Immédiatement après Soukkoth vient une petite fête qui a aussi son importance, c’est celle de Simhat-Torah ou fête de réjouissance de la Torah. Ce jour-là, on fait successivement la lecture de la fin de la Torah et de son début, marquant ainsi la continuité dans le temps de la Loi parfaite de Dieu dont la lecture doit être reprise continuellement. C’est une fête de grande réjouissances où l’on honore ceux qui ont lu, où l’on promène la Torah en procession dans la synagogue et où l’on chante, danse et mange des sucreries.

Roch Hachana est la fête du Nouvel An. Contrairement aux aux Chrétiens qui célèbrent joyeusement leur Nouvel An, les juifs célèbrent cette fête dans l’austérité car elle fait partie de ce qu’on nomme les jours redoutables (les Yamim Noraïm). En effet, on y fête la création du monde par Dieu mais surtout la création de l’être humain. Or c’est à cette occasion que Dieu ouvre le grand livre:

Dieu est censé juger ce jour-là les actes de l’année écoulée et disposer les événements de l’année qui débute. C’est donc le moment de faire pénitence, d’implorer le pardon pour le passé et le secours divin pour l’avenir, en invoquant les bienfaits de Dieu dans le passé. (Démann, p. 95)

Cette fête est marquée par une grande célébration à la synagogue au cours de laquelle on sonne le chofar, trompette faite d’une corne de bélier sans défaut, et qui rappelle à Dieu l’obéissance d’Abraham et au peuple d’être obéissant comme Abraham. En même temps, cela incite le juif à faire son examen de conscience. Au cours du repas célébré en famille, on trempera des fruits (souvent une pomme) dans du miel, afin de bien marquer l’espérance que l’année à venir soit douce et féconde.

Roch Hachana sera suivie de dix jours importants consacrés au repentir. Ces dix jours prendront fin avec une autre fête, une des plus importantes du calendrier juif: le jour du Grand Pardon, le Yom Kippour.

Yom Kippour est donc le jour du Pardon ou de l’Expiation. C’est aussi la seule fête de tout le calendrier juif qui ne comporte pas vraiment de signification historique. Un jeûne général de 25 ou 24 heures est alors en vigueur et l’ensemble de la célébration se fait à la synagogue où l’on prie et supplie Dieu de pardonner les péchés. C’est le temps de techouva. Le tout se termine par le son du chofar puis par un grand repas de fête qui célèbre le Pardon accordé par Dieu qui referme le Livre ouvert lors de Roch Hachana. Ces deux fêtes portent le nom de fêtes de Tichri (le mois au cours duquel elles sont célébrées).

On pourrait penser que l’ensemble de ces dix jours se passent dans l’angoisse et la peur. Pourtant tel n’est pas le cas. Démann dit ceci à propos de ces fêtes:

Cependant, malgré le climat d’affliction et de crainte que crée la conscience de la gravité des fautes commises, la note joyeuse de la confiance, de la certitude de la miséricorde et du pardon divins, et l’esprit d’adoration, de louange et d’action de grâces restent constamment présents dans la liturgie du Yom Kippur (sic). (Démann, p.97)

Pourim se fête autour du mois de mars. Elle commémore la délivrance des juifs de la menace d’extermination par les Perses. La figure marquante de cette fête est la reine Esther qui, grâce à son intervention auprès du roi, réussira à faire annuler le décret d’extermination.

La veille, un jeûne prépare la fête qui consiste en des réjouissances matérielles de toutes sortes. L’idée est que puisque c’est l’intégrité physique du peuple qui était menacée à cette époque, les réjouissances doivent être du même ordre, au point que l’observateur non juif a peine à voir une signification religieuse aux événements de la journée. En même temps, on lira d’ailleurs le livre d’Esther dont le nom hébreu est Meguilath Esther, signifiant littéralement « découvrir, caché ». Cela signifie qu’à partir de ce moment, Dieu n’interviendra que de façon cachée dans l’histoire humaine et qu’il faudra le découvrir derrière le hasard apparent.

Hanouka est une fête de huit jours pendant lequel le travail est permis. Ce n’est donc pas pleinement une fête. On l’appelle aussi fête des Lumières. Elle se célèbre autour de la fin de décembre et par conséquent autour du Noël des chrétiens. Sa signification historique est la commémoration de la victoire des Maccabées et la purification du temple qui avait été profané par les Syriens. En signe de réjouissance et comme rappel de la ranimation progressive de la lampe du sanctuaire, les huit soirs de la fête, on allume progressivement les cierges de la menora, candélabre à neuf (huit plus un) branches. (Démann, p.97) Aujourd’hui, cette fête prend une grande importance symbolique enracinée dans sa signification historique: la survie du peuple juif et la permanence des valeurs juives face à la persécution à travers les siècles, avec ses lumières qui représentent la foi religieuse. (Benaïm Ouaknine, p. 53)

Il existe encore deux fêtes d’importance inégale selon les régions du monde et les traditions des juifs mais qu’il convient ici de souligner pour être complet. La première est le jeûne du 9 Av (le neuf du mois de Av, autour du mois d’août), appelée en hébreu Tich’a Beav, commémore les événements tristes de l’histoire du judaïsme, particulièrement les deux destructions du Temple, mais comporte aussi un aspect optimiste car on peut considérer que si les prédictions des prophètes sur les destructions se sont réalisées, cela signifie que celles sur l’avènement de l’ère messianique se réaliseront aussi. La deuxième, souvent contestée par les juifs de la Diaspora est celle du Yom Haatsmaout (autour d’avril-mai) qui célèbre la fondation de l’État d’Israël en 1948 et comporte aussi des prières pour les Juifs morts lors de l’holocauste nazi. Elle est célébrée surtout en Israël mais a aussi été adoptée par certaines communautés de la Diaspora.

2.2 Pratiques plus individuelles

Il est très embêtant de regrouper sous le terme pratiques individuelles des pratiques qui ont toujours une signification communautaire. Ce qui a déterminé cette appellation est surtout le fait que ces pratiques se font, soit à la maison, soit selon un cycle de vie qui est en relation avec l’âge individuel du sujet. Il ne faut donc pas entendre cette expression au sens où les juifs ont des pratiques individualistes. Le judaïsme est une religion de peuple et l’ensemble de ses pratiques revêt toujours une signification communautaire.

On pourrait diviser cela en trois parties distinctes. Les prières quotidiennes, d’une part, marquent la vie quotidienne du juif, le shabbat vient couronner sa semaine de travail en sanctifiant le septième jour, tel que prescrit par la Torah, tandis que certaines solennités vont marquer les passages importants de la vie.

Les prières quotidiennes sont généralement importantes pour les Juifs. Le rôle des prières est de remplacer les sacrifices qui ont disparus avec le Temple. Elles sont composées de louanges et de supplications à Dieu ainsi que de rappels des principes fondamentaux de la Loi.

Quotidiennement, il y a trois temps de prière: à l’aube, l’après-midi et le soir. La prière de l’aube est la plus importante. Elle est précédée comme celle du soir du chema, acte de foi fondamental du judaïsme. Les fêtes ainsi que le chabbat ajoutent des prières supplémentaires.

Certains accessoires sont nécessaires pour dire les prières. Les principaux sont la kipa (calotte portée en signe de respect), le talit (châle en soie, laine ou coton, rayé bleu ou noir et terminé par des franges), les téfilin (petites boîtes noires renfermant des passages de la Torah et fixées au front et au bras gauche et dont le port est obligatoire pour tout adulte de 13 ans et plus à l’office du matin). Il existe de plus un autre symbole important encore en usage chez la plupart des Juifs, c’est la mezouza qui est accrochée aux linteaux des portes, marquant le caractère béni de la résidence. C’est un petit tube contenant un texte qui exhorte les Juifs à aimer le Dieu Un. (Benaïm Ouaknine, p.47).

Le jour du chabbat est un jour très spécial pendant lequel on doit absolument se reposer, cesser tout travail et se consacrer à Dieu. Selon Szlakmann, le Shabbat comporte plusieurs fonctions et plusieurs significations et plusieurs interdits. Nous les verrons successivement dans un style plutôt télégraphique en suivant de près ce qu’indique Szlakmann (pp. 100-112)

1.- Abstention de tout labeur, du vendredi au coucher du soleil jusqu’au samedi au coucher du soleil.
2.- Signification religieuse: le chabbat est l’aboutissement de la création, la dernière création est l’âme humaine, le chabbat doit être consacré à la vie de l’âme.
3.- Signification sociale: même esclave, le chabbath fait de l’humain un homme libre au moins un jour par semaine.
4.- Plusieurs interdits tous relatifs au travail viennent marquer la reconnaissance de la souveraineté absolue de Dieu sur l’univers en admettant que le travail humain ne porte des fruits que par la grâce divine.
5.- Le chabbath est aussi la proclamation de la souveraineté de l’homme sur la terre puisqu’en cessant tout travail, le Juif affirme qu’il n’est pas l’esclave de ce travail.
6.- L’ensemble du Chabbath est marqué par des rites pour lesquels nous renvoyons ici aux pages 109 à 112 de Szlakmann.
En occident, le chabbat est généralement fêté par l’ensemble des juifs. Cependant, il est souvent limité aux repas et au vendredi soir. Cependant, comme nous venons de le voir, la raison même de l’existence du chabbath est la cessation du labeur. Par conséquent, il faut affirmer que le Juif ne respectant pas les interdits du Chabbath est en quelque sorte un « juif non pratiquant », un peu comme on trouve à travers l’ensemble des religions depuis l’avènement de l’industrialisation.

Dans le judaïsme, il y a aussi un certain nombre de rites de passage que nous expliquerons ici brièvement tout en suivant l’âge chronologique.

Le bébé mâle, au huitième jour de sa naissance doit être marqué dans sa chair en signe d’adhésion à l’Alliance de Dieu par la circoncision, la Brit-mila. Si par ailleurs un adulte non-juif voulait se convertir au judaïsme, il devrait également en passer par là.

Une fois atteint l’âge de 13 ans, l’enfant sera considéré comme un adulte, ses parents ne seront plus responsables de ses actes et il devra observer l’ensemble des Lois de la Torah. A cette occasion, une cérémonie au cours de laquelle il lira un passage de la Torah et appelée Bar mitsvah. Cette cérémonie est traditionnellement réservée aux hommes mais de plus en plus de communautés célèbrent une Bar mitsvah pour les femmes (autour de 12 ans) sans toutefois inclure la lecture publique de la Torah qui demeure réservée aux hommes.

L’étape suivante de la vie juive est généralement le quidouchin, le mariage, précédé lui-même des fiançailles au cours desquelles sera signé un engagement écrit, la kétouba. Le mariage est un acte important dans le judaïsme qui ne considère pas et n’a jamais considéré le célibat comme une valeur. Citons ici un texte du Guide des Religions:

Le fiancé remet à la fiancée l’anneau nuptial. Le rabbin lit l’acte de mariage qui définit les engagements mutuels des mariés. Il bénit une coupe de vin, symbole de bonheur et de prospérité, et rend grâces à Dieu. Puis les mariés, couverts du même tallith châle de prières écoutent la lecture des sept bénédictions qui rappellent que tout nouveau foyer juif est une pierre destinée à la reconstruction du temple de Jérusalem. Pendant les sept jours suivants, cette bénédiction est chantée à la fin de chaque repas. Le mariage, dans la mesure où il donne naissance à un nouveau maillon dans la chaîne de transmission de la tradition, constitue une institution essentielle de la vie juive. Le mariage religieux ne peut être dissous que par un divorce religieux. (Guide des religions, Dauphin 1981)

C’est aussi lors du mariage que l’époux doit briser un verre. Ce geste symbolique veut à la fois rappeler la destruction du temple et constitue un engagement de ne jamais oublier Jérusalem.

3 Pratiques morales

Bien qu’il soit tout à fait impossible d’isoler les pratiques morales de la foi, l’ensemble formant un tout, il faut cependant se résoudre à ne pas tout voir en même temps et de courir le risque de tout mélanger. On se souviendra cependant que l’ensemble de ce que nous verrons maintenant est intimement lié aux convictions du peuple juif et découle directement de la Torah. Nous ne répéterons pas toutefois ce qui doit être acquis depuis un certain temps, l’obéissance aux commandements. Nous verrons plutôt certaines pratiques ignorées jusqu’à présent mais qui font pourtant partie intégrante de la vie juive.

Une première chose qu’ils est nécessaire de voir est la dimension communautaire de toute la morale juive. Il est impossible d’être un bon juif sans être bon et juste envers les autres. De la même façon, se retirer du monde pour vivre en ermite dans l’ascèse et le jeûne toute sa vie n’a pas de sens. Les dix commandements comportent d’ailleurs des préceptes religieux regardant la relation à Dieu mais aussi des préceptes sociaux régissant sa vie avec les autres. C’est donc là une bonne indication de l’importance pour les Juifs de vivre dans le monde, en membres d’une communauté et non comme individualistes.

Le travail a aussi chez les Juifs une importance considérable. Le travail a une importance en lui-même puisque bien avant le péché, Dieu avait mis l’humain au jardin d’Éden pour qu’il le cultive, et donc pour qu’il travaille. Toute une série de préceptes concernant le travail ont d’ailleurs été très tôt élaborés dans le judaïsme.

Du point de vue politique, les Juifs respectent l’autorité tant et aussi longtemps que celle-ci ne leur ordonne pas de transgresser la Torah.

Sur le plan des richesses, un grand principe est très important: la Tsedakah. Selon Szlakmann, cette expression a été faussement traduite par charité alors qu’elle viendrait plutôt de la racine Tsedek qui veut dire justice. En fait, il s’agit bien en fait de donner de son argent pour aider les autres. Cependant, ce don n’est pas vu véritablement comme un don mais plutôt comme un devoir de justice qui consiste en une redistribution des richesses. Et comme devoir, le montant n’est pas aléatoire. Il consiste en 10% de ses revenus nets. Mais plus haut encore que la Tsedakah est la bienfaisance qui consiste à visiter les malades, prêter de l’argent sans intérêt, entretenir les étudiants, accompagner les défunts à leur dernière demeure etc…

Bien d’autres attitudes découlent directement de l’idéal de sainteté juif: humilité, amour du prochain, rechercher la paix, accueillir l’étranger, respecter la vie en sont autant d’exemples.

Une personne qui n’est pas juive manifeste toujours une certaine curiosité pour les interdits alimentaires des juifs. Un principe général peut déjà être dégager avant d’aborder plus spécifiquement les règles: la nourriture doit être conforme, c’est-à-dire en accord avec certains principes bibliques très clairs et énoncés dans la Torah. On dit alors que la nourriture est cacherouth, ou, si l’on emploie l’expression française, cachère. Faisons ici un bref survol de ce que cela implique dans la pratique.

Il est permis aux juifs de manger de la viande en respectant un certains nombres de principes de base. Le Juif n’est pas végétarien par principe bien qu’il croie que les humains le redeviendront à la fin des temps, lors de l’avènement de l’ère messianique.

Chez les mammifères, les animaux qui sont cachères sont ceux qui possèdent à la fois les caractéristiques suivantes: quadrupèdes, ruminants et à sabot fendu. Par conséquent, un juif ne mande pas de lapin, de porc ou de cheval, ni tout autre animal ne possédant pas toutes ces caractéristiques à la fois.

Tous les volatiles sont permis aux juifs sauf les oiseaux de proie.

Quant aux poissons et à tout ce qui vit dans l’eau, seuls sont permis les poissons avec écailles et mangeoires, ce qui exclut les anguilles, les crustacés et l’ensemble de ce que l’on nomme généralement fruits de mers.

Quant aux reptiles et aux mollusques en général, ils sont totalement interdits.

Par ailleurs, on ne doit pas manger une viande qui a été abattue n’importe comment. Elle doit être mise à mort à l’aide d’un couteau bien aiguisé pour éviter toute souffrance inutile et complètement vidée de son sang car il est interdit de consommer le sang.

De plus, il est interdit de consommer en même temps de la viande et du lait, un délai de six heures doit être respecté entre la consommation de ces deux types d’aliments. De même, on ne peux jamais mélanger le lait et la viande et par conséquent on doit les faire cuire séparément et même avoir un service de vaisselle différent pour les deux types de mets.

Il convient sans doute maintenant de se demander les raisons qui font que ces interdits sont si importants. Même si la tradition juive affirme que les règles des aliments cachères favorisent les comportements paisibles, (Slazkmann, p. 142), cette même tradition reconnaît que ces règles demeurent un mystère. D’une part, elles n’ont rien à voir avec des principes d’hygiène et d’autre part elles ne peuvent être mises en relations avec un certain dégoût. Szlakmann écrit à ce sujet:

Pour la tradition juive, la « cacherouth » fait partie des règles dont la raison est inaccessible à l’entendement humain; le juif doit les accepter avec confiance. (Szlakmann, p.137)

Ainsi, le juif se soumet à ces règles avec humilité, confiant qu’en fin de compte, son Dieu sait mieux que lui-même ce qui est bon pour lui, même si cela peut sembler totalement absurde pour la raison humaine.

Mais l’histoire du judaïsme n’est-elle pas tout entière basée sur cette confiance aveugle d’un peuple à son Dieu, confiance à son tour basée sur l’expérience d’une intimité dont la fidélité a maintes fois été éprouvée?

Il serait peut-être intéressant, afin de mieux comprendre, de citer les textes bibliques correspondant à ces interdits. Ils correspondent au chapitre 11 du Lévitique.

Le Seigneur dit à Moïse et à Aaron: Dites aux Israélites: parmi toutes les bêtes de la terre, voici les animaux que vous pourrez manger. Vous mangerez tout animal qui a le sabot fourchu et qui rumine. Mais vous ne mangerez pas ceux qui sont seulement ruminants, ou qui ont seulement le sabot fendu: le chameau, qui rumine mais n’a pas le sabot fendu, vous le tiendrez pour impur; la gerboise, qui rumine mais n’a pas le sabot fendu, vous la tiendrez pour impure; le lièvre, qui rumine mais n’a pas l’ongle fendu, vous le tiendrez pour impur; le porc, qui a l’ongle fendu et le pied fourchu, mais qui ne rumine pas, vous le tiendrez pour impur. Vous ne mangerez pas de leur viande, vous ne toucherez pas leur cadavre; vous les tiendrez pour impurs. Parmi les bêtes qui vivent dans l’eau, voici celles que vous pourrez manger: vous mangerez tout ce qui a des nageoires et des écailles dans les eaux, la mer et les rivières. Mais vous aurez en horreur tout ce qui n’a point de nageoires ni d’écailles dans les mers et les rivières, parmi tout ce qui grouille dans les eaux et parmi tous les animaux qui s’y trouvent. Ils vous seront en abomination; vous ne mangerez pas de leur chair et vous aurez leurs cadavres en horreur. Tout ce qui dans les eaux, n’a pas de nageoires ni d’écailles vous répugnera. Parmi les oiseaux, voici ceux que vous aurez en horreur et dont, par conséquent, vous ne mangerez pas: l’aigle, l’orfraie et le vautour, le milan et toute variété de faucon, toute espèce de corbeau, l’autruche, l’hirondelle, la mouette et toute variété d’épervier, le hibou, le plongeon, la chouette, le cygne, le pélican, le cormoran, la cigogne, toute variété de héron, la huppe et la chauve-souris. Tout insecte ailé qui marche sur quatre pattes vous répugnera. Toutefois, parmi les insectes ailés qui marchent sur quatre pattes, vous pourrez manger ceux qui, outre leurs pattes, ont des jambes pour sauter sur la terre. Voici donc ceux que vous mangerez: toute espèce de sauterelles: de solam, de hargol et de hagab. Tout autre insecte ailé ayant quatre pattes vous répugnera. Les animaux que voici vous rendront impurs; quiconque touchera leur cadavre sera impur jusqu’au soir, et quiconque emportera leur cadavre lavera ses vêtements et sera impur jusqu’au soir. Vous tiendrez pour impur tout animal qui a des sabots, mais non fourchus, et qui ne rumine pas; quiconque le touchera en sera souillé. Vous tiendrez aussi pour impurs tous les quadrupèdes qui marchent sur la plante des pieds; quiconque touchera leur cadavre sera impur jusqu’au soir; quiconque emportera leur cadavre lavera ses vêtements et sera impur jusqu’au soir. Vous tiendrez ces animaux pour impurs. Parmi les petits animaux qui se meuvent sur le sol, voici ceux que vous tiendrez pour impurs: la taupe, la souris et toute variété de lézard, la musaraigne, la grenouille, la tortue, le lézard et le caméléon. Tels sont les reptiles que vous tiendrez pour impurs; quiconque les touchera morts sera impur jusqu’au soir. Tout objet sur lequel tombera leur cadavre sera souillé: boissellerie, vêtement, peau, sac, n’importe quel ustensile. On mettra cet objet dans l’eau, et il restera souillé jusqu’au soir; après quoi il sera pur. Si l’un de ces cadavres tombe dans un vase en terre, tout ce qui s’y trouve en sera souillé, et vous briserez le vase. Tout aliment atteint par l’eau de ce vase sera souillé, ainsi que toute boisson, quel que soit le récipient qui la contienne. Tout objet sur lequel tombera l’un de ces cadavres sera souillé; le four et le foyer seront détruits: ils sont impurs, et vous les tiendrez pour tels. Cependant les sources et les citernes de réserve resteront pures, mais celui qui touchera au cadavre sera souillé. Si l’un de ces cadavres tombe sur une semence quelconque, cette semence restera pure. Mais si l’on a mis de l’eau sur la semence et qu’il y tombe un de ces cadavres, vous la tiendrez pour impure. Si l’un des animaux dont on peut manger vient à mourir, celui qui touchera son cadavre sera impur jusqu’au soir. Celui qui mangera de cette chair morte lavera ses vêtements et sera impur jusqu’au soir; et celui qui emportera ce cadavre lavera ses vêtements et restera impur jusqu’au soir. Tout animal rampant sur la terre vous sera une chose abominable, on n’en mangera point. Vous ne mangerez d’aucun animal rampant sur la terre, soit de ceux qui se traînent sur le ventre, soit de ceux qui marchent sur quatre pattes ou davantage; vous les aurez en horreur. Ne vous rendez pas vous-mêmes abominables en mangeant un de ces reptiles; évitez leur contact, qui vous souillerait. Parce que je suis le Seigneur votre Dieu, vous vous sanctifierez et vous serez saints, car je suis saint. Vous ne vous souillerez point par ces animaux rampant sur le sol. Je suis le Seigneur, qui vous ai fait sortir d’Égypte pour être votre Dieu. Vous serez saints parce que je suis saint. Telle est la loi concernant les quadrupèdes, les oiseaux, tous les êtres vivants qui se meuvent dans les eaux et tous ceux qui rampent sur la terre. Elle vous fera discerner ce qui est impur de ce qui est pur, l’animal qui peut être mangé de celui qui ne peut l’être.

4 Le Judaïsme aujourd’hui

De nos jours, il va de soi que les Juifs ne sont pas unanimes à respecter l’ensemble de ces principes. Cependant, nous pouvons affirmer qu’une bonne partie du judaïsme applique encore tout cela. En Europe et en Amérique du Nord, on assiste de plus en plus à des phénomènes de non pratique chez les juifs comme chez les autres croyants d’autres religions.

Il serait trop long ici d’analyser les causes de ce phénomène qui peut fort bien s’interpréter du point de vue sociologique. Il faut cependant affirmer avec un sociologue albertain Reginald Bibby (La religion à la carte) qu’il est maintenant pratique courante, au moins au Canada et pour l’ensemble des religions, de choisir parmi sa religion d’origine les fragments qui font son affaire et de délaisser les autres en les remplaçant même parfois par des fragments d’autres religions. Force nous est cependant de constater que ce délavage des religions fait que la relation à Dieu ne peut plus servir à structurer l’individu et il faut se demander dans le cas du judaïsme si cela peut en arriver à ne plus structurer le peuple. Dans ce cas, il faudrait voir dans la montée de la sélection des croyances une menace à l’intégrité même du peuple juif, menace déjà pressentie chez beaucoup de rabbins qui font appel à la tradition et qui tentent désespérément de ramener ce peuple à son originalité de départ. Les Juifs existeront-t-ils encore dans quelques années? En tout cas, la promesse messianique annonce qu’un petit reste au moins atteindra avec intégrité la Jérusalem céleste et qu’il est par conséquent impossible que l’ensemble du peuple disparaisse.

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Conclusion

Le judaïsme se présente donc comme l’histoire d’un peuple ayant reconnu la voix de Dieu à travers l’histoire. Suite à une Alliance contractée au Sinaï, ce peuple s’est engagé à suivre la Loi de Dieu, la Torah, et à annoncer ce Dieu à travers les siècles. Pour cela entre autres, les Juifs ont été bafoués, massacrés; maintes fois, on a tenté de les éliminer de la surface de la terre sans pourtant jamais y parvenir.

Le judaïsme proclame un seul Dieu, mais un seul Dieu présent et agissant dans l’histoire, un Dieu qui n’exige pas qu’une conviction mais aussi un agir qui a valu à cette religion d’être appelée un monothéisme éthique.

L’ensemble des préceptes, des fêtes et de la vie juives sont tous tendus vers la mise en pratique de cette Torah, perçue comme l’essentiel de toute vie humaine, et dans l’attente de l’avènement d’un monde de justice et de paix où toutes les nations reconnaîtront ce que les Juifs professent depuis quatre mille ans:

Écoute Israël, l’Éternel est notre Dieu l’Éternel est Un.

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