Boko Haram et le terrorisme islamiste au Nigeria : insurrection religieuse,
contestation politique ou protestation sociale ?
Résumé
Au Nigeria, la dérive terroriste du mouvement islamiste Boko Haram interroge le rapport de la violence dite
« religieuse » à l’État. Cette étude de terrain pose ainsi trois questions fondamentales qui tournent toutes autour
de nos propres confusions sur les notions d’islamisation, de conversion, de radicalisation et de politisation du
religieux, à savoir :
– S’agit-il d’une insurrection plus religieuse que politique ?
– En quoi exprime-t-elle une révolte sociale ?
– En quoi signale-t-elle une radicalisation des formes de protestation des musulmans du Nord Nigeria ?
À l’analyse, il s’avère en l’occurrence que le mouvement Boko Haram est un révélateur du politique : non parce
qu’il est porteur d’un projet de société islamique, mais parce qu’il catalyse les angoisses d’une nation inachevée
et dévoile les intrigues d’un pouvoir mal légitimé. Si l’on veut bien admettre que la radicalisation de l’Islam ne se
limite pas à des attentats terroristes, il est en revanche difficile de savoir en quoi la secte serait plus extrémiste, plus
fanatique et plus mortifère que d’autres révoltes comme le soulèvement Maitatsine à Kano en 1980. La capacité
de Boko Haram à développer des ramifications internationales et à interférer dans les affaires gouvernementales
n’est pas exceptionnelle en soi. Loin des clichés sur un prétendu choc des civilisations entre le Nord et le Sud, la
singularité de la secte au Nigeria s’apprécie d’abord au regard de son recours à des attentats-suicides. Or la dérive
terroriste de Boko Haram doit beaucoup à la brutalité de la répression des forces de l’ordre, et pas seulement à
des contacts plus ou moins avérés et réguliers avec une mouvance jihadiste internationale.


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