Biographie de Sayyed Mohammad Baqar As-Sadr

Biographie de Sayyed Mohammad Baqar As-Sadr
Le martyr Muhammad Bâqir as-Sadr est issu d’une famille connue pour son mérite, sa piété, son érudition et sa haute moralité. Pendant plusieurs générations, les membres de cette prestigieuse famille furent des guides, des responsables et des hautes autorités (marja’) religieuses de la communauté. Nous citerons à titre d’exemple:

Sayyid Sadr-u-ddîne as-Sadr
Arrière grand-père de Muhammad Bâqir, il est né à Ma`raka, village de Jabal `A^mil (sud du Liban) en 1193 H. ( 1778-79). Il se rendit avec son père à an-Najaf en 1197 H. (1783), où il grandit et fit ses études puis se rendit à al-Kâdhimiyya, à Isfahân avant de retourner à an-Najaf où il mourut. I1 avait rédigé de nombreux ouvrages en jurisprudence (‘Usrat al-`Itra), dans les fondements (‘Usûl) (Al-Qistat al-mustaqîm), ainsi que Sharh manzûmat al-ridâ`, un commentaire sur al-Rijâl de ‘Abu `Alî et qurrat al-`ayn, livre d’apprentissage de la langue arabe rédigé à l’intention de ses enfants.

Sayyid ‘Ismâ`îl as-Sadr
Il est né à Isfahân en 1258 H. (1842). Après le décès de son père en 1264 H. ( 1848), il fut pris en charge par son frère, grand érudit, « Aqâ Mujtahid ». Il se rendit à an-Najaf en 1280 H. (1864) pour y étudier la jurisprudence, les fondements, la Tradition et autres sciences rationnelles (`ilm al-kalâm, philosophie, mathématiques, géométrie, astronomie). Il fut un des élèves les plus proches du rénovateur ash-Shîrâzî. Ce dernier, s’étant rendu à Samarra, le fit appeler en 1309 H. (1892) pour lui confier la tâche de l’enseignement, lui-même étant pris par d’autres charges.

Samarra fut, à cette époque, un centre rayonnant de savoir, un lieu scientifique de haute renommée. A la mort de ash-Shîrâzî, la marja`iya fut confiée à ‘Ismâ`îl as-Sadr. Deux ans plus tard, as-Sadr se rendit à Karbalâ’ où il installa le centre de la marja`iyya jusqu’â sa mort en 1338 H. ( I 920).

Sayyid ‘Ismâ`îl as-Sadr eut pour étudiants de nombreuses personnalités connues plus tard pour leurs travaux et activités. Nous en citerons:

– Sayyid `Alî as-Sîstânî qui suivit ses cours à Samarra et à Karbalâ’.

– A^yatullah al-Mirzâ Muhammad Hassan an-Nâ’înî.

– A^yatullah Sheikh Muhammad Ridâ A^l-Yâsîn.

– A^yatullah l’Imâm `Abdul Husayn Sharafuddine, l’auteur de al-Murâja `ât (Correspondances), an-Nas wal idjtihâd (Le Texte et l’Ijtihâd), etc.. Il eut quatre fils, dont le père de Muhammad Bâqir, sayyid Haydar as-Sadr.

Sayyid Haydar as-Sadr
Né à Karbalâ’ en 1314 H. (I897), il fit ses études dans cette ville sainte où plusieurs témoignages assurent sa maturité précoce et son remarquable détachement des biens de ce monde.

I1lenseigna à al-Kâdhimiyya l’ouvrage al-Kifâya. I1 décéda dans cette ville en 1359 H. (1939-4.0). II y avait rédigé de nombreux ouvrages, des traités et des commentaires. Il eut deux fils et une fille:

– A^yatullah sayyid ‘Ismâ`îl as-Sadr (I340 H. – 1388 H.) (1922 -1968).

* A^yatullah Muhammad Bâqir as-Sadr

– La martyre vertueuse, sayyida ‘A^mina as-Sadr (Bint al-Hudâ).

Sayyid Muhammad Bâqir as-Sadr
Il est né à A1-Kâdhimiyya le 25 dhil qi`da de l’an 1353 H. (1935). Il n’avait que six ans à la mort de son père. Très tôt, il se trouva confronté à deux voies: se consacrer aux études dans la hawza ou bien devenir un haut fonctionnaire de l’Etat. Aidé par son frère aîné et sa mère, il choisit la première.

En 1365 H. ( 1946), son frère s’installa à an-Najaf avec les membres de sa famille. C’est dans cette ville que Muhammad Bâqir étudia la logique et autres sciences et que son frère lui enseigna les fondements. Il eut pour maîtres:

– A^yatullah Sheikh Muhammad Ridâ A^I-Yâsîn, son oncle maternel,

– A^yatullah Sheikh Mulla Sadra al-Mâdkûbî auprès duquel il étudia le second volume d’al-Kifâya et al-Asfâr al-arba `a.

– A^yatullah Sheikh `Abbâs ar-Rumaythî.

– A^yatullah sayyid abul-Qâsim al-KhG’î.

– A^yatullah Sheikh Muhammad Taqi al-Jawâhirî auprès duquel il étudia le premier volume d’al-Kifâya et une partie de al-Luma `.

En réalité, ses études ne se limitèrent pas aux cours dispensés dans la Hawza d’an-Najaf; il se plongea dans les ouvrages de philosophie, d’économie, de logique, d’éthique et d’histoire. Et c’est dans tous les domaines abordés que le martyr as-Sadr a apporté une contribution inestimable à la pensée musulmane. Que ce soit dans les fondements ou la jurisprudence, ses contemporains, ses maîtres et étudiants reconnaissent son apport. Il avait voulu faire évoluer la jurisprudence dans plusieurs directions; d’abord, approfondir son étude, ensuite remplacer la tendance individuelle et limitée par une tendance sociale et universelle et puis élargir l’horizon de la jurisprudence de telle sorte qu’elle prenne en compte tous tes aspects de la vie et les différentes exigences contemporaines. C’est ce qu’il essaya de faire avec al-Fatâwa al-wâdiha (les jugements clairs) mais son martyre l’empêcha de poursuivre sa tâche jusqu’au bout.

En philosophie, il rédigea Falsafatunâ (Notre philosophie) où il discuta les philosophies matérialistes et athées.

Il y avança une théorie de la connaissance qu’il réfuta plus tard dans son ouvrage al-‘Usus al-mantiqiyya lil-‘istiqrâ’ (les bases logiques de la déduction). Plus tard, il commença un ouvrage philosophique où il esquissait une étude comparative entre les philosophies, anciennes et modernes. Le manuscrit disparut lorsque le régime de Bagdad confisqua ses livres et ses affaires personnelles. Dans le domaine de la logique, il discuta la méthode aristotélicienne; dans celui de l’éthique, il rédigea un remarquable traité sur le bon et le mauvais rationnels. En exégèse, il inaugura la méthode qu’il nomma exégèse thématique et qu’il développa au cours de son enseignement; en économie, il rédigea Iqtisâdunâ (Notre Economie pour réfuter les théories occidentales, libérales et marxistes, et dégager les lignes générales de l’économie islamique.

En histoire, il rédigea, alors qu’il avait à peine dix-sept ans,l’histoire de Fadak. Plus tard, il exposa, à l’occasion des différentes célébrations consacrées aux Imams (a.s.) une histoire de leur vie. Mais contrairement aux autres biographies, il mit en relief la continuité de leur mission afin de dégager la ligne directrice de leurs activités respectives.

Ayant exercé l’enseignement tout au long de sa vie, à la mosquée d’al-Jawâhirî et à la mosquée at-Tûsî dans la ville d’an-Najaf, il s’est intéressé tout particulièrement à la pédagogie. Il rédigea, par exemple, « les cours de `ilm al-‘Ushl », un ouvrage spécialement conçu pour l’apprentissage de cette science musulmane. On y retrouve la profondeur, la globalité et la méthode scientifique de l’exposé â tous les stades de l’étude de cette matière. Son souci d’être à la portée de tous les publics l’a amené à réfléchir sur la manière d’exposer sa thèse al-Fatâwa ar-wâdiha en vue d’une utilisation pratique. Il choisit certains sujets qu’il reformula de façon différente, en y maintenant la profondeur de la réflexion, et les fit publier sous forme de brochures. Après plusieurs essais au terme desquels il demandait à un public issu de divers milieux de faire des commentaires et des remarques sur la compréhensibilité du texte, il réussit à choisir le style approprié.

Al-Fatâwa al-wddiha eut un impact assez large sur le public musulman en général, qu’il soit shî`ite ou sunnite. De nombreuses personnalités, hommes d’Etat, hommes politiques ou écrivains, lui rendirent visite, lui demandant conseil sur des points juridiques précis et ce, malgré les restrictions imposées par le pouvoir. Il faillit recevoir l’écrivain et philosophe français, Roger Garaudy qui, en visite à Bagdad, fut sciemment trompé par le pouvoir qui l’empêcha de rencontrer le martyr as-Sadr, prétendant qu’aucune personne de ce nom n’habitait en cette ville. L’A^yatullah Sayyid Mahmûd al-Hâshimî, qui fut l’un de ses étudiants les plus proches, définit l’apport du martyr as-Sadr à la pensée musulmane et les caractéristiques de son école de pensée:

1- la globalité et l’érudition encyclopédique: l’école d’as-Sadr a manifesté sa volonté de traiter les différents champs de la connaissance humaine, sans se limiter aux sciences islamiques (jurisprudence, fondements, etc.) bien que celles-ci aient bénéficié d’un apport considérable au niveau de la méthode de la recherche. Cette vue globale est due à l’esprit encyclopédique du martyr as-Sadr qui jouissait d’une ouverture assez large et d’un génie exceptionnel, comme cela s’est manifesté très tôt dans sa jeunesse.

2- La capacité à théoriser, à assimiler, à cadrer les données et notamment dans le domaine de la jurisprudence.

3- La créativité et le renouvellement, que ce soit au niveau des données ou à celui des conclusions et de la méthodologie de la recherche. Son esprit créatif permit l’ouverture de nouveaux horizons à la pensée musulmane et lui fit concevoir une nouvelle méthode dont il traça les contours et les grandes lignes.

4- Son esprit méthodique et sa capacité à l’agencement et la coordination des idées dans tous les domaines qu’il a abordés. Il essayait d’expliquer les questions ardues en analysant ses données, en les organisant de telle sorte qu’elles paraissent claires et compréhensibles tout comme il prenait soin d’argumenter ses idées avec toute la précision nécessaire.

5- La logique et le bon sens. Il faisait appel, pour rendre son exposé compréhensible, à la réflexion logique et aux preuves sans toutefois s’éloigner du bon sens et de l’intuition humaine, ce qui rendait ses arguments très persuasifs. Il n’avançait jamais une théorie sans y joindre une preuve ou une référence. L’exposé de ses preuves était souvent accompagné d’un retour au bon sens et à l’intuition car pour lui, la construction logique ne pouvait être conflictuelle avec le bon sens ou l’intuition saine.

6- Le sens esthétique. Le martyr as-Sadr n’hésita pas, dans ses ouvrages où dominait la réflexion logique et rationnelle, à ajouter des figures issues d’une autre dimension, faisant appel à la sensibilité et à l’affectivité et libérant l’esprit du lecteur ou de l’auditeur des constructions ardues.

7- La valeur civilisationnelle. Son œuvre représenta un défi contemporain à la civilisation matérialiste dominante puisqu’elle souligna l’apport et les valeurs de la civilisation musulmane que de nombreuses puissances avaient voulu enterrer. Il ne craignit pas de descendre dans l’arène pour engager une lutte sans merci avec les différentes écoles de pensée du monde contemporain et prouver que l’Islam, représentation du monde inspirée par le Tout-Généreux et Compatissant, a son mot à dire, plus que cela, peut offrir à l’humanité une solution à tous les maux dans lesquels elle se débat.

SON OEUVRE
– Ghâyat al fikr fi `ilm al-‘Usûl, en dix volumes, cinq furent imprimés et les autres ont disparu.

– Fadak fi-t-târîkh (Fadak dans l’histoire).

– Falsafatunâ (Notre philosophie).

– Iqtisâdunâ (Notre économie).

– al-Madrasa al-islâmiyya (L’école islamique).

– al-Ma `âlim al jadîda lil-‘Usûl (Nouveaux repères pour les fondements).

– al-Bank al-lâ rabawî fil islâm (La banque sans intérêt dans l’Islam).

– al-‘Usus al-mantiqiyya lil ‘istiqrâ’ (Les bases logiques de la déduction).

– Buhûth fi sharh al-`Urwâ al-wuthqa (Recherches dans l’explication de al-`Urwâ al-wuthqâ).

– Mûjaz ahkâm al-hajj (Précis des jugements sur le pèlerinage).

– al-Fatâwa al-wâdiha (Les jugements clairs).

– Durûs fi `ilm al-‘Usûl (Cours de la science des fondements).

– Bahth hawla l-wilâya (Traité sur la wilâya).

– Bahth hawla l-mahdî (Traitë sur al-Mahdî).

– Ta `lîqat `alâ risâlat Bulghat ar-râghibîn (Commentaires sur le traité Bulghat ar-râghibîn.

– Ta `liqat `alâ Minhâj as-sâlihîn (Commentaires sur Minhâj as-sâlihîn).

– al-Islâm yaqûdu al-hayat (série de conférences : L’Islam oriente la vie)

– at-Tafsîr al-mawdû `î lil-qur’ân (série de conférences). Il s’agit de l’ouvrage que nous avons traduit sous le titre: « Lecture thématique du saint Coran ».

Le martyr as-Sadr a écrit d’autres ouvrages qui étaient encore à l’état de manuscrits lorsque les autorités de Bagdad confisquèrent toutes ses affaires personnelles. En 1980 (1400 H.), celles-ci l’arrêtèrent, lui et sa sœur, Bint al-Hudâ. Ils furent emprisonnés et torturés et le martyr as-Sadr mourut le 8 avril de la même année.

 

Table des Matières

Sayyid Sadr-u-ddîne as-Sadr

Sayyid ‘Ismâ`îl as-Sadr

Sayyid Haydar as-Sadr

Sayyid Muhammad Bâqir as-Sadr

SON OEUVRE

source : alhassanain.com


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